lundi 6 janvier 2014

Prose : Drak Béryl - Midnight in Hakodate


DRAK BERYL

Midnight in Hakodate

par Maxime Saint Michel

Une couche verte, puis une autre. Le même schéma répété cinq fois de suite. Un schéma qui n’aurait pas d’importance étant donné que le vernis que la jeune fille s’appliquait à mettre depuis près de quatorze minutes, allongée sur son lit en admirant, un large sourire aux lèvres les chutes de flocons à travers la fenêtre, serait bientôt caché par des bottes oranges. 
Mais aucun détail, même les plus insignifiants ne devait être laissé au hasard en cette douce nuit.

Les douze coups de minuit se mirent à retenir dans le vide de sa maison. Aujourd’hui était un jour spécial. Enfilant l’ultime partie de son costume, passant la main dans ses longs cheveux noirs, elle se leva. Elle était prête pour ce qui allait se passer ce soir. C’était le Nouvel An. Une année s’en allait, une autre prenait sa place, et comme tous les premiers janviers, celui-ci était plein d’espoir. Celui-là l’était encore plus, que les années précédentes. Mais ce n’était pas ce qui la rendait si méticuleuse – elle l’était à chaque moment de l’année, qu’il pleuve ou qu’il neige – ou si heureuse. Non, c’était le rendez-vous qu’elle avait qui l’importait, qui la fit sortir, passant non pas par la cheminée au même titre qu’un vieil homme barbu, mais par la fenêtre. 

Tombant élégamment sur le sol blanc, elle prit un instant pour respirer, faisant sortir une étrange fumée de sa bouche, comme si elle crachait du feu, pour s’amuser, alors qu’il ne s’agissait que d’une réaction au froid. Durant ces secondes de silence, à l’abri du regard des gens, elle se rappelait qu’elle était…

« Yukino Ouka. Tu es en retard. »

La voix venait d’en haut. Machinalement elle leva la tête, elle n’avait pas besoin de forcer pour savoir qui était l’homme masqué qui venait de l’appeler, posé sur un toit. D’une part car c’était une véritable légende, dont tout Hakodate parlait, certains médias avaient même réussi à en obtenir quelques photos. Mais d’autre part, c’était avec lui qu’elle avait rendez-vous. Et en effet, elle était en retard. Ce n’était peut-être pas une raison suffisante pour se jeter dans le vide, mais c’est ce que fit l’homme dont la chute fut ralentie par son costume noir et surtout stoppée par un plantage de sabre. 

« Midnight. Apparemment je ne suis pas la seule en retard. Et je préfèrerais qu’on utilise les noms de codes pour cette mission. C’est ma première fois…
- Ah oui, tu veux qu’on t’appelle…Drak Béryl ? »

Une épée vint perforer le mur derrière Midnight. Il aurait reconnu cette arme entre mille, lui qui en avait été le gardien pendant des années, avant de la confier à la jeune femme qu’il aimait et qui l’avait abandonné. La revoir, malgré tout ce qu’elle signifiait, ne réveillait en lui que des mauvais souvenirs d’une vie passée, d’un temps révolu, puisque la réelle héritière de cette arme était morte.

« Le seul, l’unique et le meilleur. fit une voix plus aigüe, plus jeune, que celle de Midnight, alors qu’un corps affublé d’un costume vert et orange venait récupérer le sabre, avant de tendre une main amicale au sombre héros.
- Plus pour longtemps… commença la jeune fille, se voulant arrogante.
- Merci d’être venu. l’interrompit rapidement Midnight tout en serrant la main de son camarade. 
- Merci à toi. Ça fait longtemps que je n’ai pas fêté la Nouvelle Année en famille. »

Ouka regardait les deux hommes assez perplexe. Même si elle parvenait à distinguer le sourire de Midnight derrière un masque ne couvrant qu’une moitié de son visage, elle saisit une pointe de tristesse dans la voix de celui qu’il avait désigné sous le nom de Drak Béryl. Dans tous les cas après tout ce qu’on lui avait raconté sur lui, il était bien moins impressionnant que l’image qu’elle s’était construite. Elle n’était plus sûre de vouloir lui ressembler, de porter le même costume que lui. Elle l’aurait bien enlevé, si elle n’avait pas peur d’attraper un rhume dans ce froid japonais. Elle restait là, à réfléchir en les observant, persuadée que ça durerait toute la nuit. Mais elle fut sortie de ses pensées par la question qu’elle attendait depuis le début :

« Qui est cette fille ? Elle n’était pas dans le clan, il y a deux ans.
- Beaucoup de choses ont changé. Suis moi, je vais tout t’expliquer. Toi aussi, Ouka. »

Sur ces mots, Midnight grimpa sur le toit duquel il s’était jeté quelques minutes plus tôt. Lui laissant de l’avance, Drak Béryl à travers son masque dévisageait la jeune fille. Le fait qu’elle ne cache totalement son visage alors qu’elle accompagnait un super-héros le gênait, mais c’était surtout la ressemblance du reste de son costume avec le sien. Le vert et le orange étaient ses codes couleurs, voir quelqu’un d’autre les porter au sein des Shin’Samourai l’intriguait, à défaut de l’agacer. 
La jeune fille n’étant vraisemblablement pas décidée à monter avant lui, il passa devant. 

« Ah, sous cette angle, tu es impressionnant, en fait.
- De quoi ? 
- Rien. Vas plus vite. »

Souriante, elle attendit encore plusieurs secondes et l’imita. Arrivés en haut, ils purent constater que Midnight n’était déjà plus là, ne les ayant pas attendus. C’était un test, pour voir si sa protégée comme l’homme qu’il avait fait venir sauraient le retrouver. Mais, l’élément qu’il n’avait pas pris en compte, c’est que même le meilleur ninja de l’univers laissait forcément des empreintes dans la neige. 

Quelques minutes plus tard, s’offrant un voyage de la ville en vue de dessus, ils l’avaient rejoint sur le toit d’un des restaurants les plus en vogue de tout le Japon et même de l’Eurasie : le Midday. Il les accueillit en leur offrant un bol de nouilles chacun, comme une récompense pour l’avoir trouvé.

« Je connais bien le patron, il nous en voudra pas. Je sais que c’est pas forcément génial comme premier repas de l’année mais…
- Ca va. Dis-moi ce que je veux savoir et ce sera le meilleur repas de ma vie. »

Dans un soupire, Midnight vint s’assoir au bord du toit. Drak Béryl fit de même, se plaçant à côté de lui. Ouka quant à elle resta en retrait, fixant les étoiles, apercevant furtivement une étrange boite bleue passer dans le ciel, au loin. Elle n’avait eu que peu de temps pour observer et analyser son « modèle », mais pourtant elle avait déjà compris qu’il n’allait pas apprécier ce qui allait se passer. En même temps, qui apprécierait ? 

« Tu as trouvé l’assassin que tu cherchais ?
- Non. Mais ne changes pas de sujet. Tu m’as pas invité pour parler de la pluie et du beau temps. En plus le beau temps, en hiver…Qui est cette fille ? »

L’homme en noir ne répondit pas, cherchant ses mots, il aspira quelques nouilles. C’est Ouka qui dut intervenir pour calmer Ryumaru Nogard.

« Je suis Drak Béryle.
- Non, ça c’est moi.
- C’est ce qui me fait douter sur le choix du nom. Mais c’est ce que veulent mes supérieurs.
- Qui ? Les Shin’Samourais ? Midnight, qu’est-ce qu’elle raconte ? 

Il n’avait plus le choix. Il devait répondre, maintenant. Si seulement il avait pensé à prendre du saké, en plus de ces nouilles. Il allait en avoir besoin, s’il voulait oublier. Prenant une grande inspiration, il commença à expliquer :

- Je l’ai trouvée dans les rues d’Hakodate. Complètement nue. Elle était perdue, elle semblait venir d’ailleurs. Mais je ne suis pas un expert en enfants perdus. 
- Alors, qu’est-ce que tu as fait ? 
- J’ai appelé l’expert. Il m’a demandé de l’élever, d’en faire ma partenaire, pour qu’un jour, elle puisse devenir comme toi. 
- Qu…Mais quel expert ? 

Un nouveau soupire, une nouvelle hésitation. Drak Béryle plus confiante que son mentor dût encore une fois répondre à sa place,, une pointe de cynisme dans la voix :

- Il est invité aussi. On va pouvoir faire les présentations. »

Un bruit sourd. Comme le moteur d’un avion mais plus dynamique, plus énergétique, plus…moderne. Par réflexe, Drak Béryl leva la tête, ne distinguant dans un premier temps rien d’autre qu’une cape violette flottant dans le vent. Il resta littéralement bloqué quelques secondes, tentant de comprendre ce qui était en train d’arriver. Et le bruit s’arrêta. La cape tomba sur le sol. Son masque se reflétait dans le casque orange de l’homme qui venait d’atterrir.

« Warlords. Ensemble ! » 

La voix cybernétique de l’homme qui s’approchait vers lui n’inspirait pas du tout confiance à Ryumaru. Il ne daigna pas bouger, tenant fermement son sabre, prêt à en découdre au moindre faux-mouvement de son adversaire. Il mit un temps à se rendre que trois ombres étaient apparues autour de lui. Il était encerclé. Et Midnight ou son apprentie ne faisaient pas le moindre mouvement. 

« Alors, c’est ici que s’est déroulée la Guerre de Boshin ? J’imaginais l’endroit plus sombre. 
- Ne parles pas de quelque chose que tu ne comprends pas… ? répondit Drak Béryl, prêt à lancer une joute verbale. 
- Je suis Cyber-Shield, un Seigneur de Guerre. Et cet affrontement comme la plupart des conflits de ce maudit archipel est une opposition entre deux entités contraires : l’Honneur et le Pouvoir. Heureusement, j’ai le Pouvoir. 
- A quoi sert le Pouvoir sans l’Honneur ? 
- Non, non. Tu es jeune et inexpérimenté, tu n’as encore rien appris, ronin. Le véritable problème est de savoir à quoi sert l’Honneur sans le Pouvoir. Ton cousin samouraï l’a compris, lui. »

Drak Béryl resta muet en se tournant vers Midnight qui tout en le pointant avec son sabre, regardait vers le sol, couvert de honte. Il tenta d’expliquer :

« Je…je suis un Warlord. 
- Et tu peux en être un aussi, Drak Béryl. ajouta Cyber-Shield aux paroles du samouraï noir. L’Eurasie a besoin de héros comme toi pour faire face aux héros américains, comme Sentinel. La Guerre Froide, comme la Guerre de Boshin est toujours d’actualité.
- Je… commença le jeune homme vert et orange.
- Avant de me parler d’Honneur. Laisses moi te parler à nouveau de Pouvoir. Tu n’imagines même pas tout ce que nous pouvons t’offrir. Tu as le temps d’y réfléchir. Considères ça comme la trêve de l’Hiver. Mais je te recontacterais. Et si tu refuses, nous serons ennemis. Mes ennemis ne peuvent que mourir, seuls avec leur honneur. Bonne année, Drak Béryl. »

1 commentaire:

  1. C'est bien. Un style plus fluide, c'est agréable. C'est bien fait !

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