dimanche 14 juillet 2019

Interviews arcadiennes : Gaëtan Degasperi

Après plusieurs interviews de scénaristes, il était temps de passer à un dessinateur pur, présent dans nos pages depuis 2011 et auteur de la quasi-intégralité des couvertures de Forgotten Generation depuis 2013 : Gaëtan Degasperi !











-Tout d'abord, bonjour, Gaëtan. Peux-tu te présenter brièvement pour les milliards de malheureux qui ne te connaissent pas encore ?

Je m’appelle Gaëtan Degasperi, je vis en Rhône-Alpes, je suis plutôt geek sur les bords, et amoureux de la nature intérieurement.

 -Maintenant, parle-nous de ton parcours. Qu'est-ce qui t'a mené à la BD ?

Mon parcours va être vite établi. J’ai commencé par les mangas, découvert les comics à l’entrée au collège, et je ne me suis plus arrêté. Vu que je me débrouillais bien en dessin, bah j’ai dessiné du comics. Je suis autodidacte, j’ai appris tout seul. Le seul avantage de mes études (dans la pub, mais job rien à voir), c’est que j’ai été formé sur la Creative Suite.

-Quelles sont tes passions, ainsi que tes goûts en matière de BD, films, musique, séries ?

Ado et jeune adulte, j’étais plutôt Marvel ; à présent, je ne m’y retrouve pas vraiment (hormis quelques hors-séries, DC est bien plus intéressant dans son approche du super-héros.


Pour ce qui est des films, il y en a trop pour tous les citer : il y a Matrix, Fight Club, Edge of Tomorrow, La stratégie Ender, le Labyrinthe, la Planète des singes (toutes époques), Postman, Les évadés... 


Pour la zique, j’aime un peu tous les genres : Box Car Racer, Skip the Use, Queen, Thérapie Taxi, Orelsan

-Ont-elles une influence sur tes BD ?

J’imagine que oui (rires) : mon style est du 100% comics, je pense que le comics est le format le plus simple par rapport aux BD européennes et autres mangas, donc quand il n’y a aucune formation en BD, c’est, pour ma part, le plus facile.

-Quelle a été ta première BD réalisée et/ou publiée ?

Ma première BD, c’était Super-Cat. Ça parlait évidemment d’un chat avec des super pouvoirs, que je vendais dans la cour de récré au collège, avec un gadget en cadeau, style Pif Gadget (rires).

-Qu'est-ce qui t'a motivé à travailler sur Drak Béryl et Steelman ?

 Mais tout simplement parce que, putain de bordel de merde, ce sont deux superbes créations françaises qui mériteraient d’être (re)connues dans le monde du comics, et pas seulement dans l’hexagone ! 




-T'inspires-tu de gens que tu connais pour représenter des personnages ?

Ça m’est arrivé, mais plus maintenant. Mes proches me servent d’outil, surtout pour ce qui est des mains et poses des mains, car j’aime les mains bien faites, et c’est plutôt difficile à réaliser sans modèles. Pour certaines poses, je m’en inspire aussi.

-As-tu d'autres projets artistiques réalisés ou sur le point de l'être, BD ou non ?

Je suis actuellement sur une histoire de Steelman, mais ça doit faire deux ans, voir trois que je suis dessus, et je m’en excuse encore SteF. Mon emploi du temps a changé entre ma période Drak Béryl, où j’ai vraiment pu avancer, et maintenant, où c’est plus compliqué pour trouver du temps pour dessiner. Il y a un de mes projets BD, dans lequel il faut que je m’investisse, qui me tient à cœur, où j’avais créé un bon nombre de personnages avec une histoire plutôt pas mal, mais à retravailler. Mais je vois bien le format à adopter, et une fois que je serai dessus, faudra que je m’y accroche, même si je mettrai 10 ans pour le faire.

-Attention, grande question : si on te proposait de reprendre une série actuelle en BD (qu'importe l'origine), laquelle choisirais-tu ?

 Mon rêve, dessiner pour Mc Farlane sur Spawn.



-Même question, mais avec une série disparue.

Meridian de la collection CrossGen serait une série que j’aimerais reprendre si j’en avais le droit.



-De quelle manière t'y prendrais-tu ?

Je me relirais la collection complète pour m’en imprégner, et ensuite, tout à l’instinct.

-Quel serait ton crossover rêvé, aussi improbable soit-il ?

Dofus vs X-Men.



-As-tu d'autres projets, même fantaisistes, que tu aimerais mener à bien ?

J’aime bien les histoires pour enfants. J’en ai une sur le bureau en cours depuis deux ans, et un autre projet auquel je pense et que je faisais en personne pour mes enfants. Mais c’est toujours pareil, avoir du temps…

dimanche 9 juin 2019

Interviews arcadiennes : Ben Wawe

Lord Corlatius par Ismaël Ba

Et voici déjà la troisième interview arcadienne, consacrée cette fois à Ben Wawe, rédacteur-en-chef adjoint de Forgotten Generation présent depuis 2012 dans nos rangs.



















-Tout d'abord, bonjour, Ben Wawe. Peux-tu te présenter brièvement pour les milliards de malheureux qui ne te connaissent pas encore ?

Bonjour à tous.
Je suis Ben Wawe, et j'écume Internet avec ce pseudonyme depuis une bonne quinzaine d'années. Je me suis baladé sur beaucoup de forums comics (Le Royaume de Donovan, Buzz Comics, Comics Sanctuary) ou encore de forums Jeux-De-Rôle. Je suis actuellement contributeur auprès du site Top Comics ( https://topcomics.fr/ ), pour des articles, critiques et avis sur l'actualité comics, ou des points plus précis.
J'ai tenu pendant 3-4 ans un forum de fan-fictions, ces récits de fans pour les fans ; la spécificité est qu'il s'agissait d'une « réinvention » des personnages Marvel et DC. Une reprise des noms, pouvoirs et engagements, mais une modification du reste (origines, évolutions, etc.). On a eu un Matt Murdock qui devient Daredevil car un démon (Oni) est caché dans un masque japonais qu'il vole, et lui donne des pouvoirs ; Spider-Man est l'élu du dieu amérindien de la justice. Galactus est un virus informatique. Les Fantastic Four sont des délinquants, et bien d'autres. L'élément rigolo est qu'on a appelé ça Urban Comics, car les fan-fictions étaient dans un univers street, urbain... sans lien avec l'éditeur français, donc. Oh, et pour information, l'extraordinaire SteF y a commencé !
J'ai ensuite tenu deux blogs de nouvelles, et j'ai participé à plusieurs versions de recueils de nouvelles d'un forum, Buzz Comics. Les Plumes de Buzz étaient centrés sur des thèmes en particulier, comme le Steampunk, l'horreur, etc. C'était cool.
Ma plus grande fierté demeure d'avoir participé au recueil Haiyan, disponible à la vente ( https://www.thebookedition.com/fr/haiyan-p-106346.html ). De nombreux auteurs ont écrit sur le typhon qui a frappé les Philippines en 2013, et tous les fonds récoltés ont été versés aux associations venues en aide. Je suis très ému, si longtemps après, d'y repenser. D'avoir pu aider, au moins un peu, avec mon petit talent, me touche.
Enfin, je collabore depuis 6 ans à Arcadia Graphic Studio, dans le magazine Forgotten Generation mais également le hors-série Apocalypse Please. J'y ai édité et fait évoluer mon héros, Lord Corlatius, et je reprends désormais le personnage de Black Terror, créé en 1941 dans Exciting Comics #9 et libre de droits. J'ai également le statut de rédacteur en chef adjoint du magazine Forgotten Generation.

-Maintenant, parle-nous de ton parcours. Qu'est-ce qui t'a mené à la BD ?

Mes parents, la lecture et... la télévision.
Mes parents, parce qu'ils ont toujours aimé et collectionné les BD. J'ai grandi avec Tintin, Pierre Tombal, Spirou... mais aussi Les Passagers du Vent, Les Compagnons du Crépuscule, Les Chemins de Malefosse, Les Sept Vies de l’Épervier. J'avais accès à leur bibliothèque, et je dévorais tout. Ça m'a appris le plaisir de découvrir la BD, qui allie la finesse de l'écriture à la puissance des images.



La lecture, ensuite. J'ai toujours beaucoup lu, également tout ce qui me passait sous la main. J'ai dévoré la majorité des romans jeunesse de mon époque, puis les polars...et la science-fiction. Ma famille n'a jamais été trop versée dedans, mais je suis tombé dans ce genre – et je n'en suis jamais sorti. Et il se marie extrêmement bien avec les images.

Enfin, la télévision. Car je suis né en 1987, et j'ai eu la chance de grandir avec, en programmes télévisés pour la jeunesse, les séries animées Batman / Superman, l'ange de Metropolis / Justice League, mais aussi X-Men et Spider-Man (et leurs génériques eux aussi mythiques), et les plus confidentielles Iron Man, Fantastic Four et Hulk. Ces contacts avec les super-héros m'ont marqué plus que tout autre chose ; la passion pour ces personnages, pour ce genre de héros, est née et n'est jamais partie.


La transition avec la lecture des BD qui ont inspiré ces séries a été fluide, et facile ; et définitive, surtout. Mon premier comics fut un Nova, le n°195, mais j'ai « vraiment » commencé avec un magazine Fantastic Four, période Heroes Reborn ; le n°5. En 1998, je crois. Je n'ai pas arrêté d'acheter des comics, chaque mois, depuis. Depuis 21 ans, donc ! On ne rajeunit pas.

-Quelles sont tes passions, ainsi que tes goûts en matière de BD, films, musique, séries ?

La lecture demeure une grande passion. Comme beaucoup, le cinéma et les séries me plaisent beaucoup, mais... oui, la lecture. Les romans, les BD, les comics ; ça demeure ma passion principale. En fait, je crois que ce sont surtout les histoires, ma passion. Que ça soit sous forme de livre, de court ou long-métrage, ou même de récit audio... ce qui m'importe, ce qui m'intéresse, ce qui me plaît et ce qui m'anime, ce sont les histoires.
Les histoires, c'est à mon sens le cœur de tout ; le cœur de nos vies. Les gens adorent les histoires, ils en ont besoin pour vivre. Pour s'échapper du quotidien, pour penser à autre chose, pour s'imaginer autrement... pour avancer. Pour rêver.
Les histoires cimentent nos vies, et sont au cœur de nous tous ; en tout cas, au cœur de moi. J'adore les histoires, que ça soit les lire ou les raconter. Créer, inventer une histoire, c'est extraordinaire – et être lu aussi. Intéresser quelqu'un, l'emmener ailleurs par ce qu'on fait, ce qu'on produit... c'est merveilleux, vraiment. Ça nous élève, en tout cas ça m'élève. Franchement, qu'y a-t-il de mieux que d'amuser, émouvoir ou inspirer autrui ? C'est ce qui nous fonde, justifie nos existences.
« We are all stories, in the end. Just make it a good one », dit la série TV Doctor Who. Je valide. Et j'espère autant en raconter de bonnes... qu'en vivre une, aussi. Ce qui est bien, bien plus difficile que d'en créer une, d'ailleurs.

Oh, et pour revenir à la question... je le redis, je suis fan de science-fiction. J'ai peu de goût pour l'heroic-fantasy, ou les genres associés ; je suis plus robot que elfe, pour simplifier. Le genre ne m'emporte pas, je n'y arrive pas. La SF m'éclate plus ; imaginer un futur, proche ou non, me transporte. Cela se ressent dans mes goûts, avec notamment une longue période où je ne lisais QUE Philip K. Dick (dont le meilleur récit n'est PAS Blade Runner, qui n'est pas le vrai titre de l'oeuvre, mais plutôt Ubik).

Mon auteur favori demeure le malheureusement méconnu Norman Spinrad, merveilleux et terrible auteur d'uchronies terrifiantes (notamment Rêve de Fer, sur la folie nazie ; ou Le Printemps russe, sur la conquête spatiale et la construction européenne).

En matière de BD, je suis un fan absolu de Warren Ellis, un auteur irrégulier mais dont les thèmes de prédilection me touchent toujours. Son récit Royal Space Force, une uchronie où le Royaume-Uni récupère les savants nazis à la place des Américains et lance une conquête spatiale plus intense, est sûrement le titre qui m'emporte le plus, qui correspond à mes thèmes et aspirations. Planetary, sur des archéologues du surnaturel et des conspirations, est une ode à la culture populaire qui me transporte toujours. Et Transmetropolitan est un brûlot social et politique, un cri de rage qui annonçait et annonce beaucoup encore ; parfait pour une fureur adolescente.



Bien entendu, j'apprécie grandement l'auteur Alan Moore, le plus grand auteur de comics de tous les temps ; mais je n'adhère plus à ses récents travaux. M'enfin, comment ne pas admirer par sa « trilogie parfaite » ? Watchmen a changé les comics mais est surtout l'oeuvre ultime du médium, From Hell est d'une profondeur rare, et V for Vendetta est une gifle que je reprends à chaque fois.

En séries TV, je suis plus irrégulier et infidèle, je « m'attache » peu... mais je demeure fan de Doctor Who, dont les thématiques me parlent toujours. Gros coup de cœur récent pour Penny Dreadful, malgré une fin maladroite.
En films, je suis client de ce que fait Christopher Nolan, mais... plus ses films « annexes » que sa trilogie Batman, que j'aime beaucoup, mais je préfère Interstellar, Le Prestige et surtout Inception, que je considère comme l'un des tous meilleurs films de science-fiction, littéralement parfait et puissant.
Et en musique... je suis fan de metal et de hard-rock « à l'ancienne ». Je peux citer AC/DC, Metallica, System of a Down, Linkin Park, Offspring, actuellement Imagine Dragons fait des trucs gentils mais sympas... je ne connais pas bien les genres, et je tourne souvent sur les mêmes titres.

-Ont-elles une influence sur tes BD ?

Complètement.
Mon personnage de Lord Corlatius est une entité psychique qui saute de corps en corps, possédant des anonymes. Il va et vient entre les mondes parallèles, pour lutter contre les Liktalzzz, un peuple de monstres qui veulent détruire toute vie. Le lien avec Doctor Who est évident, mais j'ai étendu ses aventures à divers principes de science-fiction.
La reprise de Black Terror n'est pas anodine non plus. Forgotten Generation a une tradition pour reprendre des personnages de l'Âge d'Or des comics, mais... Black Terror est différent. Son look fait penser à une fusion du Punisher et de Batman, mais il y a plus de Superman, en fait. Le pharmacien timide devient Black Terror après avoir eu des pouvoirs, mais garde une identité civile de « lâche ». Il devient vraiment lui-même sous son masque, pour des principes super-héroïques classiques mais efficaces. Mon projet est de raconter les histoires de « plusieurs » Black Terror, au fil de l'Histoire ; ça va bien m'amuser, et sûrement se rapprocher des thématiques de Planetary.

-Quelle a été ta première BD ?

Ma première BD publiée a été dans dans Ganesha #1 à l'automne 2011. Il s'agit d'une édition de l'association 92 Bulles, montée également sur Buzz Comics. J'y ai publié L'homme monstre, qui est le « brouillon » de Lord Corlatius ; ce n'était franchement pas brillant.
A suivi ensuite Forgotten Generation V1 #3, en juillet 2013. Les Origines de Lord Corlatius, avec le formidable Bruce Cherin. Avec le début de tout.


-Pourquoi avoir créé Lord Corlatius ? D'où t'est venue cette idée ?

Je ne vais pas mentir : l'inspiration initiale de Lord Corlatius est Doctor Who, mais j'ai réussi à m'en détacher ; m'enfin, les liens demeurent. J'ai même rédigé, pour le fun, une rencontre entre les deux personnages.


Sinon, je voulais tout simplement un personnage orienté « science-fiction », avec un caractère difficile, et une position « grise ». Je lisais à l'époque Neverwhere de Neil Gaiman, et j'ai été passionné par le Marquis de Carabas, si digne et charismatique, mais si étrange... et tendancieux. Le « Lord » est venu du « Marquis », et « Corlatius » est une construction mentale rapide.
Pour simplifier, je voulais un personnage trouble, avec beaucoup de mystère, et une aura étrange et « mystique » autour de lui. J'espère avoir réussi.

Pour la reprise de Black Terror, l'idée est venue d'un brainstorming avec Florian, président, et Maxime, rédacteur en chef. La volonté était d'avoir une nouvelle icône pour Arcadia, mais de respecter également l'ADN de l'association... la reprise d'un personnage de l'Âge d'Or est devenue une évidence. Black Terror s'est ensuite imposé, pour son aura, sa popularité... et le défi de le réinventer, tout simplement.

J'ai envie de construire toute une chronologie, une Histoire de Black Terror sur plusieurs personnages. J'ai toujours été passionné par le principe d'héritage, notamment chez les super-héros ; j'aime quand l'apprenti prend la place du mentor, etc. Je vais essayer de travailler là-dessus, pour créer une sorte de... mythologie personnelle du super-héroïsme, sur plusieurs générations. Sacré défi.



-T'inspires-tu de gens que tu connais ?

Non, heureusement ! Mes personnages sont rarement sains d'esprit.

-As-tu d'autres projets artistiques réalisés ou sur le point de l'être, BD ou non ?

La reprise de Black Terror m'occupe beaucoup ! Nous avons plusieurs projets, notamment des nouvelles illustrées, des BD... mais aussi la transposition de Forgotten Generation sur plusieurs médias. C'est passionnant.
En parallèle, je rédige de nombreux articles pour Top Comics, ce qui est très plaisant et chronophage. Passionnant également.
J'ai donc mis les nouvelles de côté ; mais c'est un cycle. Ça reviendra !


-Attention, grande question : si on te proposait de reprendre une série actuelle en BD (qu'importe l'origine), laquelle choisirais-tu ?

Question terriblement difficile pour un fan depuis 21 ans. Mon premier réflexe serait Batman... parce que j'adore le personnage, parce que je me reconnais dans beaucoup d'éléments, parce qu'il est une icône et que je suis complètement fan. Mais non. Je pense que ça serait la fausse bonne idée : à être trop attaché, trop ancré dans un personnage, on en vient à... ne pas créer, en fait ; mais reproduire ce qu'on a aimé. Ce n'est donc pas très intéressant.
Si je pouvais reprendre une série, je reprendrais Fantastic Four. Parce que l'équipe a été mes « préférés » du début de mes lectures comics. Parce que j'aime beaucoup les personnages, mais je ne suis pas un fan « hardcore ». Et parce qu'ils ont été stoppés un temps par Marvel, car ils ne vendaient pas... et la relance actuelle n'est pas très bonne. Il y a tout à reconstruire sur eux, alors. Avec une continuité extrêmement riche, l'aura de la « First Family of Marvel », mais une vraie possibilité de relancer le titre et des personnages que certains considèrent has-been.


Ce serait un défi grisant... mais aussi parce que ces personnages sont fondamentalement positifs, aventureux, alors que ce ne sont pas forcément des traits de personnalité qui sont les miens. Les écrire serait donc un « effort », mais ça justifierait que je m'applique au maximum pour créer leurs aventures ; et il est donc très probable que je réalise des meilleures choses, qu'en me cantonnant à ce que je connais et lis tous les mois.

-Même question, mais avec une série disparue.

Difficile à dire. Souvent, les séries disparues sont des séries terminées... et je trouve regrettable de relancer des séries terminées.

Je dirais cependant Global Frequency, de Warren Ellis. Une série basée sur le principe d'un épisode / un dessinateur différent / un thème différent / un groupe de personnages différents... tous sous l'autorité de Miranda Zero. Qui a créé une organisation mondiale, avec des spécialistes dans chaque domaine qui peuvent être appelés en cas de crise qui les concerne. Une véritable série anthologique, avec un potentiel extraordinaire de diversité et de folie créative. Le titre aurait dû devenir une série TV, mais ça n'est jamais arrivé... dommage.
J'adore le principe du changement d'orientation, la possibilité de changer de propos et de thème à chaque numéro ; c'est passionnant, et fun.


-De quelle manière t'y prendrais-tu ?

Pour Fantastic Four, je souhaiterais revenir aux bases, à l'esprit d'aventure. Je souhaiterais garder l'idée que les enfants aient grandi, et je souhaiterais les faire avancer en âge au fil de la série. Mais surtout... de l'aventure, de l'aventure, de l'aventure. Longtemps, la série Fantastic Four a été un chaudron de créations, de concepts qui ont forgé l'univers Marvel. Les Inhumains, Adam Warlock, Black Panther, Galactus, Molecule Man, la Zone Négative, l'Enclave... tout cela vient des Fantastic Four ! Et j'aimerais reproduire le même dynamisme créatif, en multipliant les concepts, les idées, les nouveautés.
Mais, pour commencer dur et direct, je plongerais les F.F. au cœur d'une autre dimension, perdus et sans aide... hormis eux-mêmes. Pour se concentrer sur les personnages, leurs interactions ; leurs magies.
Bien entendu, cela peut rappeler des choses que d'autres auteurs ont déjà faits – mais créer n'implique pas de ne pas s'inspirer.

Enfin, pour Global Frequency, je reproduirais la formule de Warren Ellis ; parce qu'elle m'amuse et me donne envie de la reprendre. Voilà !

-Quel serait ton crossover rêvé, aussi improbable soit-il ?

Largo Winch VS Tony Stark.

-Y a-t-il des choses qui t'agacent dans la BD en général ?

Les tics d'écriture ou les « modes », qui sont trop souvent reprises, copiées et utilisées jusqu'à ce que les lecteurs n'en puissent plus. En fait, c'est moins un problème d'auteurs que des éditeurs, des décideurs qui veulent absolument recréer des grands succès. Cette course au « buzz » est fondamentalement fatigante... d'autant que ça ne fonctionne quasiment jamais. Lassant.

-As-tu d'autres projets, même fantaisistes, que tu aimerais mener à bien ?

J'ai commencé il y a longtemps un recueil de nouvelles, de science-fiction puis de steampunk. J'aimerais le terminer avant mes 40 ans.
Sinon, une web-série Forgotten Generation, même « cheap », ça serait quand même cool !

- Question subsidiaire : un dernier mot ?

Merci. Merci à ceux qui ont lu, survolé ou juste cliqué ici. Merci à Florian d'avoir fondé Forgotten Generation. Merci à Maxime de m'y avoir amené. Merci aux lecteurs de nous faire continuer. Merci à mes proches, pour me supporter. Merci à ma femme, pour tout ce qu'elle est et ce qu'elle m'apporte.
Et merci à vous, qui avez un peu d'intérêt pour nous ; c'est peu, pour vous, mais beaucoup, pour nous.

dimanche 26 mai 2019

Interviews arcadiennes : Maxime Saint Michel

Photo © Marie-Clémence David

-Tout d'abord, bonjour, Maxime. Peux-tu te présenter brièvement pour les milliards de malheureux qui ne te connaissent pas encore ?

Moi, c’est Maxime Saint Michel, alias Emmessem. Je tiens un blog qui parle de ce que je fais et de mon avis sur la pop culture. J’écris des films, des séries et des bandes dessinées. Et je suis rédacteur en chef de Forgotten Generation !

-Maintenant, parle-nous de ton parcours. Qu'est-ce qui t'a mené à la BD ?

J’ai grandi entouré d’adaptations de bandes dessinées, des animes japonais aux films de super-héros, en passant par ces jeux sur PC qui étaient tellement complexes qu’on ne pouvait passer les niveaux que grâce à des codes. Ça a fini par me donner envie d’en lire.

Je n’achetais pas les figurines qui en étaient dérivées pour les collectionner, mais dans le but de jouer avec, de raconter mes propres histoires, en me servant des personnages qu’elles représentaient.

Au CM2, j’ai rédigé mon premier écrit d’invention : un crossover entre Crash et Spyro. Après avoir enchaîné les fanfictions – notamment sur Naruto – inachevées, j’ai fini par créer mes propres héros. Et raconter leurs aventures sous forme de BD m’a semblé naturel.

Ma formation de scénariste n’a fait que renforcer mon envie d’écrire !

-Quelles sont tes passions, ainsi que tes goûts en matière de BD, films, musique, séries ?

Si je suis surtout un lecteur de bandes dessinées franco-belges, de comics et de manga, je m’intéresse à un maximum de médias. J’aime les héros profondément humains, qui se retrouvent forcés de grandir, parce qu’ils sont plongés dans une aventure qui les dépasse. Certains diraient que j’ai des goûts mainstream, mais je l’assume complètement :

Les mangas qui me passionnent le plus sont des shonen nekketsu. Yu-Gi-Oh! a défini mon enfance. Naruto a profondément marqué mon adolescence. Et l’univers de My Hero Academia fait vibrer, en moi, beaucoup de cordes sensibles.



Côté comics, je lis surtout ce que publient DC et Marvel, avec une affection particulière pour les œuvres de Brian Michael Bendis et Geoff Johns. Ce sont des scénaristes qui transcendent le mythe du super-héros à travers des intrigues épiques, sans jamais perdre de vue les problématiques humaines.



Kid Paddle est le premier héros de bande dessinée franco-belge auquel je me suis véritablement identifié. Ses aventures me faisaient beaucoup rire. Depuis j’ai découvert le travail de Davy Mourier, qui mélange parfaitement la comédie et la tragédie, notamment dans La Petite Mort.



Forcément, je m’intéresse aux adaptations de comics, particulièrement aux séries du Arrowverse à la télévision. Mais ce sont les œuvres britanniques, comme Doctor Who, Being Human ou Sherlock, qui me touchent le plus. J’ai beaucoup d’affection pour certains scénaristes français ; notamment les frères Astier et François Descraques.



La patte de Joss Whedon a influencé mon amour pour le Marvel Cinematic Universe, dont je continue d’aller voir chaque film. Mais j’ai grandi avec les classiques d’animation Disney – comme Aladdin ou Hercule – et la saga Star Wars. Astérix : Mission Cléopâtre est ma comédie française préférée, même si j’adore Louis de Funès. Et je suis de près le travail de Philippe Lacheau.



Musicalement, j’aime autant le métal industriel de Rammstein que le punk rigolo des Fatals Picards. Mais j’ai surtout un amour inconditionnel pour les textes incroyables de Jacques Brel.

Enfin, bien que joueur occasionnel, j’apprécie les mascottes de la PlayStation, comme Jak, Ratchet ou Sly Cooper. Mass Effect est la dernière saga vidéo-ludique à m’avoir profondément marqué.



-Ont-elles une influence sur tes BD ?

Ce serait compliqué de répondre non. D’abord, parce que c’est mes lectures et mes visionnages qui m’ont donné envie d’écrire. Mais aussi et surtout, car je pense qu’inconsciemment, on s’inspire toujours de ce qu’on aime. Je parlais des auteurs qui abordent des thématiques qui me touchent : je traite des choses similaires dans mes œuvres. Il en va de même pour le ton et les univers que j’aime explorer. Et il m’arrive lorsque j’écris, que le procédé scénaristique que j’utilise me rappelle quelque chose. A mon sens, c’est un phénomène naturel. Tout ce qui compte, c’est de savoir digérer ses références et les utiliser à bon escient. Il faut éviter de les vomir bêtement.

-Quelle a été ta première BD ?

J’ai commencé à essayer de faire de la bande dessinée au collège, en même temps que je me suis lancé dans la création de blogs. Mon premier essai était un manga grandement inspiré de Naruto : il mettait en scène Ryumaru, un samouraï capable de maîtriser la foudre, issu d’un village vénérant un dragon. J’ai fini par perdre ce que j’avais écrit suite à un problème informatique et j’ai mis le projet en pause, sans jamais le reprendre. J’y repense parfois et, même si ça a beaucoup nourri que j’allais créer ensuite, j’aimerais en faire quelque chose, un jour.



-Pourquoi avoir créé Drak Béryl ? D'où t'est venue cette idée ?

Drak Béryl est né de l’envie de créer un univers super-héroïque, inspiré de Marvel. Cette dernière information est très importante, puisqu’à l’époque il s’appelait Dragonman et son costume, aussi bien que ses origines, le rapprochaient d’un certain Peter Parker. C’était déjà un eurasien capable de cracher du feu. Le projet m’a beaucoup plu et a suscité l’intérêt de quelques personnes sur Internet. Ça m’a donné envie de le creuser et de me différencier de mon modèle américain. D’abord, je voulais rendre hommage aux cultures européennes et asiatiques à travers les super-héros que j’allais créer. De façon plus inconsciente, il y a quelque chose que je voulais dire avec cette BD, mais que je n’ai réussi que tardivement à formuler : je veux montrer que la différence, sous réserve qu’on l’accepte, peut devenir une force.


-T’inspires-tu de personnes que tu connais ?

Là aussi, je pense que c’est un procédé naturel. La personnalité de mes héros est souvent inspirée de la mienne, avec un trait de caractère poussé à l’extrême ou une vision des choses qui me correspond ; ce qui est assez logique, puisqu’ils véhiculent mon message. Mais ce n’est pas toujours évident de faire la part des choses entre le protagoniste et l’auteur. Pour les personnages secondaires, en revanche, quand j’ai commencé à écrire, je ne m’inspirai quasiment que d’amis, au point de donner leurs prénoms à l’entourage de Drak Béryl. Aujourd’hui, c’est l’inverse : en construisant mes personnages, je remarque des similitudes avec des connaissances et j’essaye, selon les cas, de m’en détacher ou de m’en rapprocher. J’aime aussi créer des archétypes en pensant à des mythes ou des figures historiques réelles.

-Attention, grande question : si on te proposait de reprendre une série actuelle en BD (qu'importe l'origine), laquelle choisirais-tu ?

Kid Paddle. Sans aucune hésitation. Plus jeune, j’avais une idée que je voulais vendre – eh ouais, j’aimais déjà l’argent – à Midam, pour un one-shot ou une série plus feuilletonesque. J’espère que je ne suis pas en train de pitcher quelque chose qui est sorti entre temps ou pire : le scénario du film que prépare Kev Adams. En tout cas, ça vient entièrement de moi, à la base. Kid participe à une compétition qui prend la forme d’un jeu de rôle en ligne dans lequel il choisit d’incarner le Petit Barbare. Sauf que sa rivale, Max, prend aussi part au tournoi. Et dans un premier temps, ils vont lutter ensemble contre les autres joueurs. Le but, ce serait vraiment de rendre hommage à la BD et à la série animée, en ramenant des personnages apparus le temps d’une planche ou d’un épisode. Et de montrer le jeu de rôle en parallèle des relations entre les joueurs.



-Même question, mais avec une série disparue.

L’inconvénient – ou l’avantage – de s’intéresser au mainstream, c’est que les séries ne disparaissent jamais vraiment. Il y a toujours un scénariste pour prendre la relève, quelqu’un pour relancer la licence, d’une façon ou d’une autre. Mais certaines manquent à l’appel. X-Factor, par exemple. Ce serait un honneur de suivre les traces de Peter David en reprenant cette série, avec le VRAI Jamie Madrox sur le devant de la scène. Qu’est-ce qu’il a fait pendant toutes ces années avec Layla Miller ? Que pense-t-il du multivers Marvel ? Et il est où Guido ?!? Quel serait ton crossover rêvé, aussi improbable soit-il ? J’adorerai lire un crossover entre les héros de l’univers Marvel et ceux du Weekly Shonen Jump. D’accord, My Hero Academia est peut-être déjà l’Amalgam entre ces deux entités, mais imaginons que Deku et ses copains puissent rencontrer les Avengers, que Naruto fasse un concours de blagues avec Spider-Man ou que les Chevaliers d’Athéna affrontent les X-Men. Ce serait pas génial ? Je crois bien que si.



-Y a-t-il des choses qui t'agacent dans la BD en général ?

Je ne sais pas si je réponds vraiment à la question, mais je suis énervé par le manque de considération de la bande dessinée de façon générale. Quand j’étais en troisième, une discussion avec une professeure de français a fini par mener à cette réponse de sa part : « Les BD ne sont pas des vrais livres. ». Je raconte souvent cette anecdote, parce que c’est ce qui m’a convaincu, à l’époque, de ne pas mener d’études littéraires. Depuis, les choses ont un peu évolué, mais dans la tête de beaucoup de personnes, lire des bandes dessinées revient à ne pas lire du tout. Tant qu’on est dans les sujets qui fâchent, je remercie fondamentalement l’industrie cinématographique d’avoir sauvé les comics, mais en 2019, le milieu de la BD et l’audiovisuel entretiennent des relations étranges. Parce que quelques adaptions ont plutôt bien fonctionné, les studios de tout horizon vont racler les fonds de tiroirs, dans l’espoir de reproduire le succès du Marvel Cinematic Universe. Au moment où je réponds à cette question, Paramount vient d’acquérir les droits d’Atlas Comics. Personne ne sait ce que c’est. Tout le monde s’en fout. Entre ça, les entreprises américaines ou japonaises qui essayent de porter des mangas sur grand écran, sans y mettre la passion nécessaire et notre Gaston Lagaffe… Ça fait peur.

 -As-tu d'autres projets, même fantaisistes, que tu aimerais mener à bien ?

J’ai beaucoup de projets dans ma besace numérique, pour différents supports et j’aimerai les voir se concrétiser, mais je préfère ne pas trop en parler publiquement. Adapter Drak Béryl en film ou en série serait vraiment chouette, si un producteur me lit. Sinon, à part écrire pour Marvel, je pense que ce n’est pas dans la bande dessinée que se trouvent mes ambitions les plus fantaisistes. Par exemple, j’adorerai écrire un long-métrage d’animation Disney ou un truc dans l’univers de Doctor Who. Plus surprenant, peut-être, ça me brancherait bien d’écrire des storylines de catch. Les raisons données aux combats, les speeches que doivent balancer les athlètes, qui entrent presque en ligne de compte pour obtenir la victoire… Je trouve ça vraiment passionnant.



-Je te laisse maintenant le mot de la fin, et te dis merci et bonsoir.

J’aime beaucoup le café.