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lundi 10 février 2014

Emmessem au Rock Bend Festival

Peu de gens le savent mais notre fanzine tient son nom d'une chanson d'Heavy Metal, Forgotten Generation. Alors, quoi de plus normal que de retrouver un de ses auteurs lors d'un concert de rock ? Ce parallèle risque d'énerver les puristes, alors si vous croisez Maxime Saint Michel le jeudi 13 février 2014 ne venez pas le frapper s'il vous plait, on a encore besoin de ses talents d'écritures. Enfin, on a encore besoin de lui, on sait pas spécialement pourquoi. 


Le scénariste de Drak Béryl, JudoSquall et d'une troisième série qui débutera dans notre prochain numéro, mais également co-auteur d'Apocalypse Please et de quelques unes de nos proses bonus online sera présent au Rock Bend Festival. Pas en tant que musicien on vous rassure, mais en tant qu'invité qui pourra vous dédicacer l'ensemble de nos publications. Il parait qu'il aura même quelques badges avec lui.

Alors, à jeudi à la Maison de l'Etudiant d'Arras dès 20h! 

lundi 23 décembre 2013

Prose : Tales of Lord Corlatius - Le Fort des Liktalzzz

TALES OF LORD CORLATIUS

Le Fort des Liktalzzz

par Maxime Saint Michel

Une. Deux. Trois. Quatre. Cinq. Six. Sept…Quatorze. Les gouttes de condensation tombaient du plafond en rythme, venant s’écraser sur mon chapeau melon, perturbant ma réflexion sur le milieu qui m’entourait. Si tant est bien sûr qu’il y eut un milieu à étudier. Je faisais face, littéralement, à la stupidité de deux soi-disant soldats qui réfléchissaient à un moyen de sortir de cette prison tout en causant un maximum de dégâts. Vraisemblablement ils n’avaient pas compris que c’était le point de départ d’un plan qui les dépassait – et j’étais forcé de constater que même loin de chez moi, à plus d’un univers, je devais assister impuissant au déroulement de la Comédie Humaine. 

« Qu’est-ce qu’on fait, Aleks ? demanda le premier. 
- Je ne sais pas, Oliver. La solution la plus simple et rapide serait de faire imploser cette dimension. fit froidement le second. »

Je serais incapable de décrire physiquement ces deux personnages, même si la lueur dans les yeux bleus de cet Oliver dès que son collègue lui parlait m’avait marqué, tant elle montrait lequel des deux hommes avait le pouvoir sur l’autre. Cela étant, je me souviens avec une précision déconcertante du sentiment que j’ai eu à l’égard d’Aleks, qui me revient au moment où j’écris ces lignes, et des mots qui montèrent jusqu’à ma bouche sans en sortir, interrompus par la pression d’une main sur la mienne, me faisant machinalement sourire et me tourner vers Elle.

« Calmez-vous, Docteur. m’avait-elle lâché. »

Azéline. Je ne dirais pas que cette Femme m’avait rendu meilleur ou pire que ce que je n’étais. L’Homme n’est jamais objectif sur sa propre évolution. Mais une chose était sûre, elle m’avait changé. Je n’étais plus le même depuis la Révolution de Paris. Ca faisait six mois que je voyageais avec Elle. Entre temps, il y avait eu la Guerre de Berlin, une visite de l’Empire Autrichien, et tant d’autres choses…Nous nous apprêtions à prendre le train à vapeur pour Rome, quand devant nous est apparue cette étrange lueur bleue. J’ai tout de suite su en la voyant ce qui allait en sortir, et les conséquences que j’allais devoir affronter. Avant même qu’il n’en sorte je savais que cet homme, qui se tenait maintenant au milieu de la pièce, ajustant sa cravate, vérifiant que son Stetson était bien en place, était venu me chercher.

Ses paroles résonnent encore dans ma tête, comme elles résonnaient entre les quatre murs de cette prison : 

« On m’avait dit que vous étiez moins discret, Hine. J’espère que ce n’est pas parce que votre petite amie est venue avec vous, sinon la prochaine fois je vous emmènerais sans elle, on fera une tournée des pubs avant d’assister à la Fin du Monde. Enfin bref. Nos noms sont tous associés à des génocides. C’est pourquoi je vous ai recrutés tous les quatre. Pour que chacun puisse faire ce qui est nécessaire, s’il s’agit de la dernière option. Mais la mort, n’est pas une victoire. La mort d’un allié comme d’un ennemi reste une défaite. Je ne veux plus de la Mort comme compagne : à force de vivre à ses côtés, j’ai failli devenir comme elle – vide de tout. Alors, aussi fou que ça puisse paraitre, ce soir, nous sauvons les Liktalzzz ! »

Concluant son discours, il claqua des doigts, déclenchant l’explosion de la paroi derrière lui. Son corps, dos aux flammes brillait. Je restais figé quelques secondes, l’admirant. Sa prestance était exactement celle que je m’étais imaginée, celle que Charlie m’avait décrite avant que je ne quitte Londres. Aucun doute n’était possible, ce n’était pas un imposteur, c’était définitivement Lord Corlatius.

En à peine quelques secondes nous étions dehors. Nous les cinq étrangers à cette Terre venus y commettre un acte de guerre, courrions à travers les rues d’une ville dévastée – Leeds, si ce que nous avait dit notre patron était exact, mais je ne veux pas y croire de toute façon –, ne pouvant même pas s’arrêter pour se recueillir devant les ruines, surplombées par une gigantesque roue, vers laquelle nous nous dirigions, car nous avions déclenché l’Alerte Violette.

Dire que j’avais peur serait mentir, j’étais terrorisé. Ma main avait saisi celle d’Azéline, et mes jambes avançaient toutes seules, suivant l’homme au Stetson. Le reste est assez flou. Il y avait des rugissements, des hurlements, des bras monstrueux passant devant nous et que nous devions esquiver. Je n’en étais pas sûr à ce moment-là mais il me semblait avoir vu sur ces choses, un genre d’armure aux couleurs excentriques. Ce n’était pas comme l’invasion de Londres, c’était pire. Mais j’aurais pu m’en rendre compte bien avant : Corlatius ne se déplace que lorsque la situation est désespérée.

Et elle me le parut encore plus lorsque l’un des deux soldats qui m’avaient exaspéré tenta de me faire la conversation. Je ne lui en veux pas, j’imagine que tous les êtres humains normalement constitués font ça, face à la peur de mourir. Parler est un moyen de penser à autre chose, d’évacuer la souffrance, même si c’est à un homme qui aurait pu vous tuer de chagrin quelques minutes plus tôt. Quoiqu’en disant qu’il était normalement constitué, je m’avance peut-être un peu…

« Vous l’avez connu comment, Lord Corlatius ?
- Il est venu me chercher, il y a à peine deux heures. Mais je connais un de ses amis.
- Drak Béryl ?
- Non. Foster. Charles Foster.
- Nous aussi on l’a rencontré, à Budapest, avec Oliver… »

La discussion – qui pourtant démarrait bien, finalement – se stoppa net au moment où un cri se fit entendre à quelques centimètres de nous. Cette partie de la mission reste gravée dans ma mémoire et le restera jusqu’à ma mort. Aleks dont la voix tremblait d’admiration et dont les yeux pétillaient à la simple évocation du nom de Corlatius, s’est retourné et a perdu toute émotion de son visage. Il me fallut un temps pour oser l’imiter, mais je m’attendais à ce que j’allais voir : le cadavre déchiqueté de son compagnon, Oliver. J’aimerais dire que j’ai ressenti de l’empathie, mais il connaissait les risques et je ne l’aimais pas. Le seul sentiment qui me soit venu sur le moment était la joie : au moins ce n’était pas moi. Mais comparé à la réaction du Lord, ça ressemblait presque à de la compassion.

« La mort d’Oliver Campbell est regrettable. Il aurait dû faire plus attention. Tu le pleureras quand ce sera fini. Si tu ne le rejoins pas. »

Surpris et choqué de ses paroles froides à un homme qui venait de perdre son ami, je ne compris qu’après-coup que vivre dans la tête de l’homme au Stetson devait être horrible. Au vu de toutes les aventures qu’il avait traversées, s’il devait s’attarder sur tous les morts qu’il laissait derrière lui, il n’arriverait plus à dormir, et il pourrait même faire un livre complet, contenant les noms des victimes qu’il n’avait pas pu sauver.

Aleks l’a regardé, plein de haine. Il ne croyait plus en celui qui l’avait recruté, il avait perdu la foi. Mais les soldats, les bons soldats, continuent leur mission quelques soient leurs convictions – il était de ceux-là. Et il savait de toute façon que s’il n’allait pas jusqu’au bout de ce pourquoi on l’avait recruté, il ne rentrerait pas chez lui.
Silencieusement, comme lors d’une marche funèbre notre groupe se remit en route, s’approchant de la roue, symbole de notre funeste destin.

Après avoir esquivé d’autres monstres, traversé d’autres ruines, nous étions enfin arrivé devant l’Edifice, gardé par l’Armée Impériale, composée de ces créatures – Les Liktalzzz. Des frissons parcoururent une première fois mon corps. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Ils portaient des armures, issues d’un temps différent du mien. Ils étaient chevauchés par des êtres humains, affublés des mêmes accessoires. Une nouvelle fois je tremblais en me rendant compte que le Lord était tétanisé. Je le connaissais depuis moins d’une demi-journée, mais je savais déjà que pour le voir en proie à la peur, c’était grave. Il balbutia quelque chose, comme :

« C’est…C’est impossible. On ne peut pas. Personne ne peut faire ça. »

Puis, il secoua la tête, pour se donner du courage et avança vers un de ces Gardes, reprenant de l’assurance au fur et à mesure qu’il s’en rapprochait. Il était impressionnant, égal à lui-même. Malgré sa stupeur, il dégageait une impression de puissance que jalouseraient les plus grands Seigneurs de Guerre.
J’étais aux premières loges pour assister à une joute verbale titanesque, il ne manquait plus qu’une tasse de café.

« Je suis Lord Corlatius, vainqueur de l’Incident de Dublin, assassin du Roi Marcheur de Ciel.
- Je sais qui vous êtes.
- Alors, vous savez que vous devriez m’amener à votre chef.
- Vous l’avez devant vous.
- Je ne veux pas parler à un pantin. Je veux m’entretenir avec l’Empereur en personne.
- L’Imperator ne reçoit que les visiteurs les plus braves.
- Et briser le Pacte, vous classez ça comment ? »

Tous les Gardes se figèrent. Sans un mot de plus, ils nous laissèrent passer, ouvrant une trappe située sous la roue pour nous donner accès à une étrange cabine, qui descendit pendant de longues minutes. . Un instant je regardais Azéline qui semblait aller bien, même si elle était un peu secouée par ce qui venait de se passer. Mais elle ne répondrait sans doute pas à la question qui me turlupinait :

« Pourquoi aucun de ces gardes ne nous escortent ?
- Ils n’en ont pas besoin lâcha le Lord, perplexe. L’Empereur est partout. »

Les portes de la cabine s’ouvrirent, nous donnant accès aux sous-sols de Leeds, ou plutôt à un palais luxuriant situé sous la ville – Azéline me fit doucement la remarque qu’il valait mieux vivre dans les égouts qu’à la surface. Je pensais que l’omniprésence de l’Empereur était une métaphore en voyant tous ces portraits, toutes ces statues représentants un homme portant la même armure que celle des chevaliers, avec une cape, symbole de puissance, qui ornaient la pièce Mais c’était beaucoup plus littéral.

Je ne sais pas si je dois l’écrire ou non dans ce journal qui ne sera peut-être d’ici quelques années plus qu’un conte pour enfants, ou au mieux un feuilleton distribué gratuitement à toute la population grâce à un moyen technique que je connaitrais jamais, à défaut d’être un recueil d’essais scientifiques. Mais toujours est-il j’ai eu la sensation de retrouver quelque chose de familier à la vision de cet homme, juché sur son trône. Mais c’est peut-être à cause des multiples représentations de sa personne, ou la fatigue jouant des tours à mon esprit.
Encore une fois, le dialogue fut musclé.
« C’est donc vous, le Cyber-Imperator ?
- Sir Corlatius. Mes serviteurs m’ont beaucoup parlé de vous. Je suis déçu, je vous imaginais plus perspicace.

La voix de l’homme était saccadée, extrêmement sombre et désagréable, presque robotique. Le Lord quant à lui n’était plus animé par la peur, mais par la rage.

- Oh mais je suis perspicace, je voulais juste m’assurer que ma fureur passerait bien sur la bonne personne. Mais de toute façon, quelle que soit la personne à qui je m’adresserais, c’est à vous que je parlerais, n’est-ce pas ?

Ne comprenant pas, j’ai préféré ne pas l’interrompre.

- Je ne vous suis pas, Sir Corlatius.
- Ne m’appelez pas Sir, ce n’est pas mon titre. Je suis Lord. Et je sais qu’il est impossible de contrôler les Liktalzzz, j’ai essayé, encore et encore. Même vos soldats et vos jolies armures n’en sont pas capables – séparément. Levez-vous de votre siège ! »

Dans un sourire psychédélique, l’Empereur exécuta l’ordre de Corlatius, dévoilant des câbles, connectés à toutes ses extrémités, reliés à son trône. Je commençais à comprendre l’aspect littéral de ce que m’avait dit mon ami au Stetson, à bord de la cabine. .

« Vous…vous implantez votre esprit dans des armures, que vous faites revêtir à vos sujets, et aux Liktalzzz. Vous êtes partout. »

Azéline s’est effondrée dans mes bras. Cette révélation l’avait choquée. Et je dois avouer que moi aussi.
Notre ennemi ne nia pas les explications du Lord. Il n’avait pas un mauvais fond, il était juste soucieux du bien-être de son univers et quelque peu avide de pouvoirs, comme nous tous, j’imagine.

« J’ai fait ce qu’il fallait, avec les moyens que j’avais. J’ai agi pour le bien-être de mon peuple. Personne n’est venu d’une autre dimension pour repousser ces envahisseurs. Mais je ne vous en veux pas, Lord Corlatius. Contrairement à moi, vous ne pouvez pas être partout. Vous pouvez juste faire ce que vous estimez le plus juste, au moment de votre arrivée.
- Je pourrais vous tuer. La déconnexion de votre esprit libérera tous ces gens de votre entreprise.
- Mais également les Liktalzzz. Et il n’y aurait plus personne à sauver.

J’avais pris la parole, saisissant pleinement la situation à laquelle nous faisions face, au choix que nous allions devoir faire, à ce pourquoi Corlatius était venu me chercher. Il était fier de moi. Je ne l’ai pas vu sourire, car on ne sourit pas lors d’un conseil de guerre, mais j’ai senti sa fierté me traverser. Ou je cherchais à m’en persuader. L’autre me regarda avec dédain, ne jugeant pas mon esprit suffisamment égal au sien pour me permettre de m’adresser à lui, puis il fit :

- Si toi et tes amis n’avaient pas le courage de me « débrancher », ou que vous comprenez mon choix, vous pouvez encore rentrer chez vous et ne plus jamais revernir, me laissant marcher seul parmi les extensions de moi-même. Bien qu’il existe une troisième solution, j’ai cru comprendre que vous tu étais en guerre. »

Personne n’eut le temps de répondre. Une balle vint pénétrer lentement le crâne du Cyber-Imperator. Pour éviter d’heurter la sensibilité des jeunes âmes qui pourrait lire ce livre, et plus simplement car il n’est pas nécessaire de décrire un assassinat pour se rendre compte de son horreur, je n’écrirais rien de plus sur cette scène. J’avouerais juste avoir eu l’impression que le temps s’était ralenti Et que ce n’est que lorsque les câbles se débranchèrent et que le corps de l’Empereur finit par se fracasser sur le sol que tout se déroula de nouveau à vitesse normale.
Aleks se tenait devant nous, derrière le cadavre, un pistolet à la main, toujours le visage absent de la moindre émotion, laissant cependant couler quelques larmes le long de sa peau.

« Il avait tué Oliver. »

Corlatius avait disparu, nous laissant tous les trois, seuls avec le cadavre, dans un silence pesant. Aleks ne bougeait pas, à plusieurs reprise je me suis demandé s’il respirait toujours. Azéline n’a pas arrêté de me demander s’il était parti sans nous, car il nous trouvait indignes de sa puissance, de sa présence. Je ne voulais pas y croire, ne pas écouter ce genre de discours absurdes et défaitistes. L’homme qui était venu me chercher, qui sans le vouloir m’avait poussé à partir à la recherche de créatures surnaturelles ne pouvait pas faire ça – il était meilleur que ça. J’ai commencé ce journal, pour m’isoler, pour garder Espoir.

Et au bout de quelques heures, le Lord était de retour, transmettant toute sa haine et toute sa tristesse à Aleks, en un simple regard. Poussant un long soupire, il nous expliqua la situation. Il n’en avait pas besoin, j’avais parfaitement saisit, rien qu’en le voyant : nous avions perdu. Les Liktalzzz et les Hommes avaient retrouvé leurs esprits, puis les Liktalzzz avaient dévoré leurs cavaliers, trop fous pour s’éloigner. Il restait encore des humains, libres, environ un quatorzième de la population mondiale. Mais ils ne tiendraient pas. Corlatius avait essayé de négocier avec le chef de ces créatures leur départ, pour les avoir sauvé, mais ils se savaient en position de force. La seule chose que lui accordaient ces monstres était la possibilité de fuir.

Ouvrant un premier portail, voyant que je prenais des notes, l’homme au Stetson me demanda de noter avec précisions tout ce qu’il allait dire.

« Aleksander Fonia. Un de mes amis est mort récemment, parce que j’ai laissé agir librement une personne comme toi, emplie du désir de vengeance. Je ne ferais plus cette erreur, et tant pis si je deviens ton ennemi. Je te destitue de tes fonctions. Tuer n’était pas ici l’ultime option, et ton geste a plongé ce monde dans l’obscurité. Tu ne devras plus me chercher ou entrer en contact avec un de mes alliés. Ta dernière mission en tant que membre des Sphères Unies sera de prévenir Oliver Campbell Junior. Il est orphelin, maintenant. »

Le soldat marmonna quelque chose d’incompréhensible et passa e portail. Avalant ma salive, j’avais peur d’avoir droit au même traitement. La lumière bleue disparut, une nouvelle fit son apparition.

« Hine, je referais sûrement appel à vous, à l’avenir. Vous avez été brillant. Je suis désolé que ça se soit terminé ainsi.
- Moi aussi. Mais dites, moi, quelle était la troisième option ? »

J’avais laissé passer Azéline devant. Ma question était rhétorique. J’étais persuadé de connaitre la réponse. Je voulais juste connaitre la réaction de celui que je considérais comme mon mentor plutôt qu’une réelle affirmation. Il fronça les sourcils, je compris qu’il n’aurait de toute façon pas choisi cette possibilité mais qu’aucune n’était juste.

Me reculant, prêt à partir, je regardais tout en disparaissant. Nous avions sauvé les Liktalzzz, la mission en soit était une réussite, mais nous avions perdu une bataille. Cela étant, la guerre ne faisait que commencer. Et les jours étaient comptés, car Lord Corlatius userait de tous les moyens nécessaires pour reprendre le Fort des Liktalzzz. Avant de complètement partir, je l’entendis murmurer :

« Il était comme moi. »

samedi 9 novembre 2013

Prose : Doctor Hine - Révolution


DOCTOR HINE

Révolution

par Maxime Saint Michel

Révolution

Chapitre 1Azéline
Paris, mai 1903.

La France. Un pays extrêmement étrange, rempli de gens chantant et sifflant leur bonheur à la face du monde pour oublier une passivité scientifique menant à une technologie véritablement archaïque, au moins par rapport à celle de l’Empire-Uni. Telles étaient les premières observations de l’homme au chapeau melon qui parcourait les ruelles de la ville depuis à peine une dizaine de minutes. Les immeubles déstructurés, les vélos et cet horrible monument visant le ciel n’étaient rien de plus qu’une preuve illustrant ses condamnations.

Mais le Docteur, grand amoureux des sciences et des raisonnements logiques se devait de remettre en cause son objectivité : il errait dans ce pays qui n’était pas le sien depuis des mois et avait toujours repoussé l’échéance, s’étant promis de ne jamais aller à Paris. D’ailleurs il avait horreur de tous les flonflons, de la valse musette et de l’accordéon. Mais sa présence ici était plus que sanitaire. L’Empire avait fait de lui tout ce qu’il ne voulait pas être : un héros, connu et apprécié de toute une population. Ainsi, même l’une des capitales qu’il détestait le plus lui semblait être un véritable sanctuaire. Au moins, il pouvait agir clandestinement, caché, complètement anonyme…

« Docteur Hine ? »

L’homme se retourna instinctivement, pour observer d’où venait cette voix affreusement aigue qui connaissait son nom, déjà la main dans la poche droite de sa veste, prêt à sortir son arme de destruction massive – réflexe qu’il tenait de la guerre des Boers et qui s’activait en cas de stress. Ses yeux restèrent bloqués une seconde sur des bottes de cuir avant qu’il ne relève la tête pour observer ce qui semblait être une femme. Il cherchait une réponse acerbe mais était incapable de prononcer le moindre mot. 

« Je suppose que oui. fit cette femme, un sourire mesquin aux lèvres, tout en caressant ses longs cheveux noirs.
- Vous devez vous tromper mademoiselle. Je m’appelle Jeffrey Rosembatch et je ne vais jamais chez le docteur. »

Haineux, Hine tourna les talons et continua sa route. C’était improbable et pourtant possible : ses exploits contre les Liktalzzz avaient traversé la Manche, en même temps que lui, prenant sans doute le bateau à vapeur, comme tout le monde. Les mains dans les poches, la tête vers le bas, les yeux protégés par son chapeau pour éviter que quelqu’un d’autre ne le repère, il essayait désespérément de trouver une ruelle où fuir, un semblant de pub où il pourrait se cacher. Il était même prêt à boire une tasse de thé. Mais il stoppa net sa marche quand un couteau vint se planter au sol, à quelques mètres de lui.

« Ne vous moquez pas de moi, Docteur. Nous savons qui vous êtes.
- Et Vous êtes définitivement obstinée. Vous voulez quoi ? Un entretien afin de déterminer pourquoi un chevalier en puissance a quitté son pays pour le votre ? »

Sur ces mots, Matthew ramassa le couteau et le relança en arrière, au hasard, sans faire un seul mouvement de tête. Les réponses à l’entretien, s’il avait lieu seraient concises : il n’avait aucune envie d’être élevé au rang de justicier, sauveur de l’Empire-Uni et sans doute du reste du monde. De plus s’il n’était pas parti, il serait sans doute devenu une arme au service de sa Majesté, ou pire : il en aurait passé son temps à en fabriquer. Pourtant, il n’aimait pas raconter des histoires courtes, et il aurait sans doute expliqué qu’Edouard VII malgré ses envies novatrices, ne pourrait apporter aucun changement à l’Empire-Uni, apparemment infaillible mais recouvert par un voile sombre, cachant les véritables problèmes. Cela étant, dans tous les cas, il n’y aurait pas d’entretien. 

« Je ne veux pas faire de vous un élément de communication, Docteur.
- Vous me suivez encore ? Mais vous êtes folle ? 
- J’ai besoin de votre aide. »

La Femme l’avait donc rattrapé. De ses yeux bruns coulaient des larmes, recouvrant son visage. Ce n’était pas de telles émotions qui allaient sensibiliser Hine. Il n’avait que faire des pleurs de jeunes filles. Mais ce courage tendant vers la témérité, à la limite de l’absurde le fascinait. Le Docteur poussa un léger soupire et se força à sourire. Il était prêt à écouter cette inconnue, à lui laisser une chance de plaider sa cause. D’un geste un peu inhabituel, il posa sa main sur son épaule, pensant que c’était ça qu’il fallait faire dans ce genre de situation, selon certaines coutumes sociales.

« Commencez par me dire votre nom.
- Azéline. » 


Chapitre 2
Azéline avançait dans les ruelles parisiennes, suivie de près par un Matthew Hine plus que sceptique. L’impression d’être en train de « foncer dans la gueule du loup » le parcourait sans qu’il ne puisse s’en défaire. Accepter de suivre une inconnue juste parce qu’elle était plus courageuse que la plupart de ses semblables était clairement une erreur, un acte stupide qu’il n’était pas censé commettre. D’ailleurs, avant ce qui s’était passé en début d’année, il n’aurait jamais fait quelque chose d’aussi illogique. Alors, c’était Charlie qui l’avait changé ? Du point de vue de ce dernier c’était le Docteur l’être inférieur mais suffisamment courageux pour qu’il fasse équipe avec lui. Mais rejeter la faute sur Foster et les Liktalzzz était beaucoup trop simple. Les évènements de janvier ne l’avaient pas changé, ne l’avaient pas rendu meilleur ou pire. Ils avaient juste réveillé sa nature profonde, celle d’un homme à part, un sociopathe préférant les faits aux sentiments, repli d’une curiosité sans limite, ne vivant que pour observer les progrès et les dérives de la science à travers le monde et peut-être un jour à travers l’univers ou même le multivers décrit par Charlie. Finalement c’était ça qui l’avait poussé à se joindre à cette femme : la curiosité, la nécessité de toujours en savoir plus. Pourtant, elle ne lui avait rien dit. Il y avait quelque chose d’autre. Quelque chose que lui-même était incapable d’expliquer sur sa propre pensée, quelque…

« On est presque arrivés. Désolée de ne pas avoir été très bavarde sur la route mais il ne fallait pas qu’on se fasse repérer. »

Prisonnier de ses propres pensées, le Docteur se contenta d’hocher la tête sans donner une quelconque réponse et se demanda depuis combien de temps il n’avait pas eu de conversation de plus de deux phrases avec une personne du sexe opposé au sien avant de réaliser que la dernière femme avec qui il avait véritablement discuté était morte. Peu de temps après lui avoir parlé d’ailleurs, mais  ça n’avait aucun lien, elle était juste vieille et malade. Même si Hine aimait imaginer  qu’il était la cause et l’effet de tout ce qui se passait dans le monde – dans une certaine mesure car l’omnipotence lui faisait peur, en plus s’il la possédait il ne serait même pas capable de croire en lui.

Enfin ils étaient arrivés à destination, du moins à en juger le pas ralentissant d’Azéline, qui s’arrêtait devant des…catacombes ?

« Vous allez m’amenez à une guilde qui va sacrifier mon corps ?
- C’est presque ça. »

Le Docteur se força à sourire et retira net toute émotion de son visage quand la jeune fille lui fit signe de passer devant. Avalant sa salive, ne pouvant s’empêcher de pousser un « gloups » d’effroi. Il lui aurait bien dit que si l’Empire-Uni perdait son meilleur soldat, les représailles envers la France seraient rudes et rapides mais d’une part il n’était pas soldat et d’autre part elle devait s’en douter. Haut les cœurs, il descendit de longs escaliers sombres, marche après marche, prenant le temps d’admirer différentes gravures représentant des mythes européens sur des parois éclairées par une torche tenue par sa compagne de fortune. L’une d’entre elle représentait un…un…un…Liktalzzz ?!

« Saint-Michel, exécutant le dragon, c’est une métaphore  de mes exploits ?
- Vous n’avez rien d’un ange, Docteur.
- Mais tout d’un archange. »

Hine resta muet, subjugué par la beauté du corps qui abritait cette troisième voix à l’accent français, venue se mêler à la conversation. Des longs cheveux blonds : c’était le seul élément qu’il pouvait décrire de façon précise. Etrangement en contraste avec cet endroit, cette femme se rapprocha des deux héros descendant la dernière marche, dévoilant une tenue…royale, qui empêcha Matthew de distinguer toutes ces autres femmes qui l’observaient, méfiantes. 

« Enchantée, Docteur. Je suis Louise IV, reine de France. »

Tout en la saluant, Matt réfléchissait aux conditions actuelles de la France, car voir un monarque féminin n’était pas une habitude ici – une autre ineptie qui avait ouvert la voie de l’archaïsme selon lui. Mais il connaissait suffisamment de choses sur les ennemis potentiels de l’Empire et sur les ennemis de ces ennemis pour savoir que c’était la Révolution Corse du début du siècle dernier qui avait amené ce changement. Les forces de la famille Bonaparte et leurs alliés avaient mis à feu et à sang le Royaume de France et de Navarre avant de tuer celui qui serait connu comme le Dernier Roi de France, bouleversant à jamais la monarchie absolue et donnant son indépendance à cette île où les Français parlaient italien. Bien sûr les détails lui paraissaient obscurs mais il n’avait pas appris tout ça dans des livres, il avait juste discuté avec des soldats d’autres armées, car des vestiges de ces  changements étaient encore présents partout.  Mais en l’occurrence ce n’était pas le plus important.

« De mon point de vue, tout ça ressemble plus à la légendaire Cour des Miracles qu’à un palais royal. »

Chapitre 3 
Le Docteur Matthew Jeffrey Hine avançait dans les plus profonds, les plus sombres, les plus lugubres bas-fonds Parisiens, seul. Ou du moins, il aurait préféré l’être, car tout ça n’était qu’apparence. En réalité, il était suivi par une armée de femmes, dangereusement surarmées, tapies dans l’ombre, chassant avec lui la Créature qui les terrorisait, qui les avait poussées à se replier dans les sous-sols. Il ne comprenait pas bien en quoi sa présence allait les aider et se doutait qu’elles en avaient après son arme, – même si le formuler de la sorte lui semblait étrange – mais encore une fois c’était la curiosité qui l’emportait sur sa logique. Ah, si seulement il avait une Force supérieure vers laquelle se tourner quand les émotions l’emportaient sur son esprit, il n’en serait pas là, à s’enfoncer dans l’un des pires endroits de l’Europe, suivi par un rassemblement lui évoquant le terrible mythe des Amazones. D’ailleurs, l’une d’entre elles s’était rapprochée de lui et lui souriait.

« Dites-moi Azéline, d’où vient cette organisation ?
- La Direction de la Surveillance du Royaume ?
- Appelez-la comme vous voulez.
- Une idée de Louise I. Des femmes surveillant l’intérieur de la France. Nos…attributs permettent des manipulations plus faciles.
- Vous me manipulez ?
- Non, mais nous sommes la seule défense face à la Créature.
- Et pourquoi, moi ?
- Votre expérience. Quand tout ça sera terminé vous pourrez partir, sans que votre nom ne soit mentionné dans nos rapports. »

Hine espérait bien que son nom ne serait pas mentionné. Une fois cette affaire résolue – s’il la résolvait – il avait intérêt à se faire oublier, quitte à changer de chapeau ou de veste, ce genre de détails sur lesquels pourraient s’appuyer des journalistes et des écrivains plus ou moins excentriques pour faire de lui une icône, infaillible, ayant toujours raison – mais ce n’est pas ce qu’il était. En effet, l’homme était loin d’être un exemple et il était encore moins un chasseur de monstres, contrairement à ce que les gens qui l’entouraient semblaient croire.

Continuant d’avancer, Matthew se mit à frissonner en entendant des grognements qui raisonnaient dans toute la ville, faisant trembler les murs des immeubles, faisant sortir des habitants dans la rue pour voir ce qui se passait. Le Docteur comprit aussitôt que définitivement….

« Vous n’avez pas besoin d’un détective consultant, n’est-ce pas ? »

Azéline ne répondit pas. Elle-même savait que la question de son « compagnon » était purement rhétorique et n’avait pas envie d’affronter ses reproches, sa haine. Même si elle était tout à fait consciente que c’était inéluctable.

Le groupe se rapprochait de l’origine des  bruits stridents et Matt observait  Azéline, incapable de détourner le regard, conscient maintenant qu’il avait saisi qu’il n’était là que pour servir de machine de guerre, qu’il pouvait partir et laisser ces dames seules, les abandonnant à leur triste sort. Il ne leur devait rien, il était un britannique, un des docteurs les plus renommés de l’Empire-Uni. Alors pourquoi restait-il ici ?

Il n’allait pas avoir le temps de répondre à cette question et y chercherait une réponse s’il survivait. En attendant une autre question lui venait à l’esprit : quelle était cette chose qui venait de passer à travers la fenêtre d’une habitation, couverte de poils, haletante, gémissante et se rapprochant dangereusement de Hine.

« Le Chien des Baskerville ?
- Non, Docteur. C’est la Bête du Gévaudan. »


Chapitre 4
Ca y est. Il était trop tard pour reculer. Hine faisait face à un être évoqué dans de nombreux faits divers et de nombreuses légendes. Apparu peu de temps avant la Révolution Corse, cette chose aurait aidé les forces de Bonaparte à raser les villes et les villages, à abattre les tours et les châteaux, à décapiter les nobles seigneurs et ducs. Beaucoup de rumeurs circulaient au sujet de cette créature, et le Docteur n’avait jamais cru à l’idée d’un animal domestiqué, mais encore moins à l’idée d’un psychopathe, étant donné l’ampleur à la fois géographique et temporelle de ses actions. C’était donc cette chose qui avait poussé la Reine et sa cour à se réfugier dans les sous-sols de Paris ? Bien, il allait au moins avoir quelque chose à étudier. Commençant par une approche en douceur de la créature, il essaya de…sympathiser :

« Alors, George. Je peux t’appeler George ? J’ai toujours pensé appeler mon chien George, si j’avais un chien. Mais encore aurait-il fallu que j’apprécie les animaux pour en avoir un. Cela dit, tu es loin d’être un chien n’est-ce pas ? Qu’es-tu réellement ? Un loup-garou ? Un canadien ? »

Comme pour répondre, la créature se rapprocha lentement de Matthew, qui tremblait à la fois de peur et d’excitation. Il était peut-être sur le point de faire la plus grande découverte de l’Histoire de l’humanité, et cette fois il pourrait l’exploiter, pas comme avec les Liktalzzz. Finalement, cette collaboration avec les services français avait des chances de s’avérer fructueuse, et il pourrait être amené à la renouveler, si la construction du tunnel sous-marin reliant son pays avec celui-ci ne prenait pas trop de temps.
A moins que…

Le loup s’écroula au sol. Il saignait. Il venait de recevoir une rafale de balles dans toutes les parties de son corps. La haine envahit soudainement Hine qui avait perdu foi en ses nouveaux compagnons aussi rapidement que cette confiance lui était venue. Machinalement son bras droit se leva et l’effort pour le retenir fut surhumain à quelques centimètres du visage d’Azéline. Il aurait dû se douter qu’il s’était fait de faux espoirs, qu’il était différent et qu’aucune de ces femmes ne pouvait le comprendre. Ce n’était que des soldats. Les mêmes que ceux avec qui il avait perpétré un génocide pendant la Guerre des Boers, les mêmes que ceux qui transformeront l’humanité en monstre, comme dans les romans d’H.G Wells – un jour ces femmes seront pires que des Liktalzzz et la solution qui semblait la plus logique était de les tuer maintenant.

« Je vous faisais confiance. lâcha-t-il, d’une voix pleine de rage à la fille qui était à ses côtés. 
- Il n’est pas mort. C’est pour ça que nous avions besoin de vous. 
- Ne comptez-pas sur moi. Ne comptez plus jamais sur moi. »

Matt avait senti du désespoir dans la voix de ce qui aurait pu être son amie mais il n’en avait que faire. Son propre chagrin venait prendre la place de la colère alors qu’il s’approchait du corps de la Bête, inerte. Se penchant vers elle, il constata qu’elle respirait toujours et un sourire se dessinait sur son visage. Ce monstre avait donc survécu. Et le plus intéressant c’était que son bras perdait ses poils rétrécissait, devenant…humain. Tout ça devenait vraiment…

« Fascinant ! Tu as survécu à…Quoi, une dizaine de balles ? Une vingtaine ? »

Tout en arrachant un morceau de la manche de son pardessus pour en faire un bandage au loup, l’homme au chapeau melon réfléchissait à ce qu’il pouvait être, à haute voix :

« La science n’est pas encore suffisamment avancée pour qu’un homme puisse en transformer un autre en loup. La magie ? »

Le Docteur marqua une pause dans son raisonnement. Il n’accordait que peu de crédits à la sorcellerie mais ce qu’il avait vu à Londres et ce qui se tenait sous ses yeux lui faisaient douter de tout ce qu’il avait appris ou croyait connaitre, en matière de sciences et de tout ce qui en découlait, de près ou de loin. La magie n’était peut-être qu’une science de plus, des algorithmes qu’il suffirait de maitriser pour que l’homme puisse manipuler le monde à sa guise.
Mais il était sur une autre piste, avec ce loup-garou. Il devait juste changer d’outil pour faire une prise de sang à l’homme-loup et continuer de le soigner. Il devait prendre ce qu’il avait dans la poche…Non. Il avait l’outil, mais il lui manquait autre chose.

Un autre coup de feu. Un autre impact de balle. En à peine une dizaine de secondes, le loup, incapable de suffoquer pour préparer ce qui allait arriver, implosa. Tout était fini. Paris n’était plus que vapeur. 

Chapitre 5
L’évolution est un principe refusé par le plus grand nombre mais admis par l’élite de la société. Les meilleurs scientifiques et philosophes de l’Empire-Uni et d’ailleurs avaient passé la deuxième moitié du dix-neuvième siècle à essayer de comprendre et de démontrer ce procédé. En effet, malgré la simplicité apparente de la chose, l’amélioration progressive d’un être humain, animal ou végétal, sur un plan physique ou mental était extrêmement complexe. Les changements dus à l’évolution, sont dans la plupart des cas définitifs, mais surtout rares et terriblement longs. A l’inverse, la révolution est un phénomène fréquent poussant l’homme d’un premier point à un second par une suite de faits liés entre eux par un raisonnement théoriquement logique, pour au final revenir au point de départ. On pourrait résumer plus simplement en expliquant qu’en évoluant, l’homme va de l’avant alors que lors d’une révolution, il tourne en rond. 

La créature qu’on appelait « la Bête du Gévaudan » était en réalité une évolution de l’humanité, un stade supérieur, à mi-chemin entre l’être humain et le loup vers lequel auraient pu se tourner l’ensemble des hommes, pouvant même développer plusieurs races d’hommes-animaux. L’homme serait à terme devenu le Mutant décrit par les biologistes adhérents aux théories de l’évolution, si tout ça c’était passé autrement. Mais la Révolution Corse, malgré ses apparentes conséquences positives comme l’accession d’une femme au pouvoir et de véritables réformes pour les conditions humaines, les Français étaient restés des animaux, des êtres ayant peur de l’inconnu et chassant ce qui les effrayait. Cela étant, la France n’était pas un cas isolé et habitants de l’Empire-Uni auraient agi de la même façon. 
Ce monde est une cause perdue.

Telles étaient les pensées sombres occupant l’esprit du Docteur Hine qui attendait passivement, assis dans une gare parisienne, le regard vide, les mains croisées, n’ayant comme compagne que la mort et le désespoir.

« Docteur, vous allez bien ? »

Encore cette voix, toujours cette voix aigüe et suscitant désormais une haine incommensurable. Matt releva la tête, regardant Azéline droit dans les yeux. Il ne savait pas ce qui le retenait de la frapper, encore et encore jusqu’à ce que la vie n’abandonne son corps, pour déclencher une nouvelle guerre de cent ans, qui durerait un peu plus longtemps mais qui s’achèverait mathématiquement sur la victoire de l’Empire. Une certaine décence sans doute. Il se contenta de répondre tout en écartant les bras :

« Je n’ai perdu aucune partie de mon corps, tout va bien. 
- Ne donnez pas dans le cynisme. »

Hine se leva, pointant du doigt ce qui était aux yeux des badauds attendant le train à vapeur, sa compagne, venue enclencher une scène de ménage. 

« Je ne suis pas cynique. Si je n’avais pas pris soin de diminuer la puissance de mon arme pour éviter que le carnage de Londres ne se reproduise, votre petite amie…
- La Reine.
- Reine ou pas, elle nous aurait tous tués. 
- Mais personne n’est mort. Vous êtes un héros. 
- Il est mort ! Le Loup est mort ! Je suis absolument tout sauf un héros. J’ai participé à un génocide. Partez, maintenant. Plus aucun humain ne m’adresse la parole aujourd’hui. 
- Vous ne vous considérez donc pas comme un humain ? »

Se rasseyant à défaut de répondre, le Docteur essayait de faire comprendre par la gestuelle à un homme situé à quelques mètres du « jeune couple » que sa « femme » était complètement folle. Evidemment, il se considérait comme un humain, le contraire aurait été ridicule, il en avait pour le moment toutes les capacités et contraintes physiques. Le problème venait du fait qu’il n’appréciait pas d’être au contact avec ses semblables. Cependant, il ne se considérait pas meilleur qu’eux, même pas intellectuellement. Il pensait juste autrement, essayant d’avoir une vue d’ensemble de chaque situation, de ne pas penser qu’à son propre confort, dans la plupart des cas. Ce qui ne le rendait pas infaillible – c’était même souvent l’inverse. Dans tous les cas, à la prochaine parole qui lui était adressée, témoins ou pas, il commettrait un meurtre.

« J’ai quitté la Direction de la Surveillance…
- Qu’est-ce que vous n’avez pas compris dans « Partez, maintenant. » ? répondit Hine de la voix la plus calme possible, tentant de masquer une rage exponentielle alors qu’il dégainait l’arme qu’il avait lui-même confectionné, doit-il s’était servi pour gagner une guerre, pour sauver Londres et qu’on lui avait emprunté sans son accord. Ses mains tremblaient, son visage était couvert de sueur. L’idée d’avoir tué une fois de plus le hantait. 
- Je suis partie Docteur, j’ai quitté mon poste, j’ai abandonné la Reine. fit Azéline, sûre d’elle malgré un léger balbutiement, se protégeant la figure avec un bras, comme si celui-ci pouvait réellement protéger son corps d’une balle qui implose à partir de la vapeur. »

Matthew  stoppa son geste et mit un temps à comprendre ce qu’elle voulait dire. Ca n’avait aucun sens. Et pourtant, pensant saisir, il laissait la haine disparaitre de son visage pour qu’un sourire puisse lentement se dessiner. Azéline quant à elle, essuyait des larmes, qu’elle voulait dissimuler. Sanglotant, elle commença :

« Je veux vous suivre dans vos aventures.
- Je ne vis pas d’aventures. Je suis un scientifique. 
- Je veux découvrir la science avec vous.
- J’étudie des sciences dangereuses. 
- Je n’ai pas peur du danger. Et si je vous laisse voyager seul vous allez encore vous faire voler votre pistolet. »

Azéline marqua une pause pour saisir le couvre-chef du britannique avant de regarder le sol.

« Chapeau melon et bottes de cuir, ça ferait un bon nom d’équipe, non ? »

Un bruit strident. Le train était là. Récupérant ce qui lui appartenait, Hine sourit suivi par sa nouvelle compagne. 

« Si. Mais pourquoi pas les Vengeurs ? »

Lui-même le savait. En ce jour, alors qu’il choisissait de travailler en équipe, d’accepter le contact quotidien d’une jeune femme, il n’évoluait pas, car personne ne change vraiment, surtout pas lui. Il entamait juste sa propre révolution. 


vendredi 8 novembre 2013

Prose : Doctor Hine - La Tour, le Fou et le Docteur


DOCTOR HINE

La Tour, le Fou et le Docteur

par Maxime Saint Michel

Chapitre I
Londres, janvier 1903.

Un homme au long manteau vert sortait d’un train, entouré de dizaines de soldats. Ils revenaient tous de l’Enfer, le sourire aux lèvres, même lui qui n’avait jamais tenu une arme de sa vie. Enfin, lui ne souriait pas, lui restait stoïque, il savait ce qui l’attendait maintenant qu’il était revenu : une réception en son honneur. Un rassemblement de bourgeois, glorifiant un massacre et la présentation des revenants à un nouveau monarque soi-disant prêt à toutes les réformes du monde, alors que lui voulait juste s’éloigner de sa patrie pour oublier ce qu’il avait vu, faire un détour par le port d’Amsterdam, y croiser des marins. De toute façon il n’irait pas à cette réception, il avait l’intention de se cacher dans un pub de la capitale et tant pis si on remarquait son absence et qu’il n’était pas nommé chevalier, il y survivrait.

Au même moment, dans un bar de Londres, étrangement propre pour un établissement où étaient censés se réunis des exclus de la société venus noyer leur chagrin, un homme à l’accoutrement quelque peu anachronique, accoudé au comptoir attirait dangereusement l’attention vers lui. Il ne faisait rien particulier, c’était à cause de l’aura qu’il dégageait, sa façon d’agir, de vérifier si son feutre était correctement en place et que sa cravate était bien nouée tout en tremblant montraient que sa place n’était pas ici. En effet, il n’était pas censé être là et il n’en avait pas particulièrement envie. Mais il le fallait. Aujourd’hui était un jour important car aujourd’hui il était chargé d’accomplir sa première mission pour le Grand Patron. Une tâche dont il était fier mais impliquant des responsabilités qui ne faisaient qu’amplifier son anxiété.

Soudain, un homme à la démarche lourde entra dans la taverne. Tous les regards se tournèrent vers lui, délaissant l’homme à la cravate qui le dévisagea, ne comprenant pas celui-ci suscitait tant d’agitation. Trainant sa veste verte, il avança lentement vers le comptoir, sans prendre le temps d’observer un quelconque client. Evidemment, il était conscient que son arrivée intriguait et fascinait tous les gens présents, à commencer par le tavernier qui était ce qui se rapprochait le plus d’un ami pour lui. Il posa son chapeau melon et choisit de briser ce silence de mort.

« Qu’est-ce qui t’arrive, Will ? On dirait que tu as vu un revenant.
- Tu n’es pas censé être au palais de Buckingham ?
- Et toi, tu n’es pas censé me servir un café ? 
- Content que la guerre n’ait pas changé tes habitudes concernant l’alcool. »

Le tenant du pub se tut et exécuta sa tâche, le sourire aux lèvres, content que ce qui pouvait s’apparenter à son client préféré soit de retour. Un peu de répartie et de prestige ne ferait pas de mal à l’établissement. L’homme à la cravate, plus que perturbé et d’une curiosité maladive, ne tarda pas à se rapprocher du nouvel arrivant et d’essayer d’engager la conversation d’un ton plus moins assuré. Ca lui permettrait de patienter avant que sa mission ne commence. D’être moins anxieux avant l’heure du premier affrontement.
« Vous…vous revenez d’une guerre ?
- L’intervention d’un Empire s’étendant sur quatre continents pour calmer les élans révolutionnaires d’un pays sous-développé, je n’appelle pas ça une guerre mais un massacre, monsieur…?
- Charles Foster.
- Parfait. Ce sera Charlie dans ce cas. Charlie, mon petit Charlie, tu n’as donc pas entendu parler de la Guerre des Boers enclenché par la Reine il y a quatre ans ? Tu es étrange.
- Je…je… 
- Allons, je plaisante. Tu dois être Français. En plus tu te permets de venir discuter avec un inconnu plus que sinistre dont tu ignores jusqu’au nom. Je m’appelle Hine. Matt Hine. Mais pour toi ce sera Docteur. »

Foster mit quelques secondes avant de pouvoir prononcer une nouvelle, le temps d’assimiler toutes les informations qui lui avaient été communiquées et de se remettre des émotions provoquées par la rencontre avec ce Docteur. Il dégageait une prestance énorme, c’était indéniable, à la fois cynique et sympathique. L’homme espérait que s’il était amené à le recroiser dans sa mission, ce serait en tant qu’allié et non en tant qu’ennemi, sinon ses chances d’avoir des problèmes étaient relativement élevées. 

Pas le temps d’en dire plus. C’était l’heure. Ca allait commencer. Il posa plusieurs billets sur le comptoir et serra la main de Hine avec ardeur.

« Eh bien Docteur, c’est un honneur de faire votre connaissance. Je dois y aller mais j’espère que nous nous reverrons. Tavernier ! Gardez la monnaie, la consommation de cet homme est pour moi. »

Ajustant une dernière fois sa cravate, Charlie sortit de la taverne et perdit peu à peu son sourire et la conscience que lui avait permis d’accumuler cet entretien. C’était imminent. Les paroles de l’homme en vert, amateur de caféine, lui avaient au moins permis d’en apprendre plus sur l’époque où il se trouvait et lui permettraient peut-être d’avoir un avantage stratégique dans le combat qu’il allait mener. Ce n’était plus qu’une question de minutes maintenant. Quelle que soit la guerre à laquelle ait fait face l’Empire-Uni, quels que soient les ennemis que le Docteur avait affronté, ni lui ni personne dans ce pays n’était prêt à ce qui allait arriver. Tout simplement parce que Charles Foster lui-même n’était pas sûr de pouvoir mener le front correctement. 
Chapitre II
Dans la nuit noire londonienne, un cercle lumineux d’un bleu profond apparut dans le ciel. Tous les regards étaient attirés par ce halo qui éclairerait la ville pendant quelques heures encore les rues de la capitale de l’Empire. Cependant personne ne prêta attention à cet homme, tombant littéralement du portail pour venir s’écraser violemment au sol…et se relever en frottant une joue légèrement rouge. Faisant craquer ses doigts et sa nuque, il souriait de la façon la plus psychédélique possible. A l’instar de Charles Foster, il savait précisément ce qui allait se passer ce soir. Ca avait commencé, sa présence en était le signe. 

Sorti de la taverne, les mains dans les poches de son long par-dessus vert, le Docteur Hine malgré l’impression de puissance et de supériorité qu’il essayait de dégager n’était rien qu’un humain, et comme tous les autres, son attention avait été captée par la lumière. Evidemment ce n’était pas forcément la même curiosité que tout le monde, c’était un intérêt purement scientifique, il se moquait complètement de la beauté du phénomène. De la lumière dans le ciel ? Une lumière artificielle ? 

« Une invention des chinois, sans doute. » murmura Matthew.

La Chine était d’ailleurs un des seuls pays que l’Empire n’avait pas encore essayé de conquérir, même si selon ses supérieurs, ça n’était plus qu’une question de temps. Cette théorie lui rappela qu’il ferait n’importe quoi pour ne pas prendre part à une nouvelle guerre, surtout pas en Asie. En revanche, les bruits de calèches et des policiers hurlant qu’il devait rester sur le bord de la route lui firent comprendre qu’il s’agissait d’autre chose qu’un divertissement venu de l’Est. 

Heureusement, il n’avait pas l’habitude de suivre les ordres…

Un quatrième coup dans la mâchoire. Une énième effusion de sang. Charles Foster était le premier arrivé sur les lieux et il était rapide. Beaucoup trop rapide pour que son adversaire ne puisse se défendre. S’il continuait à frapper avec autant de vitesse et de force, il finirait par le tuer, lui qui était pourtant tombé du ciel et en était ressorti sans une égratignure. Foster frappait pour tuer et en théorie aucun humain ne pouvait le faire.

« Tu…tu es comme moi. Mais tu n’es pas…Lui. 
- En effet, Il était trop occupé. »

L’homme du portail perdait peu à peu son souffle. Merde. Il lui suffirait d’une seule seconde de répit pour pouvoir reprendre le contrôle du combat. Tant pis, même s’il ne participait pas à la guerre, s’il n’était pas présent quand sa vengeance aurait été accompli, le plus important était que tout ça ait lieu. Cependant, il était triste en pensant qu’il avait passé ces quatre dernières années à préparer quelque chose qu’il ne pourrait jamais observer. Tant pis, son honneur restait sauve.

« AAAH ! »

Premier gémissement de Foster. L’occasion de placer un coup en traitre, dans l’entrejambe et de le pousser pour reprendre sa respiration, gagner du temps. Il souriait. Il n’avait pas encore perdu. Son visage couvert de sang commençait lentement à cicatriser tandis que ses os craquaient. Tout n’était maintenant qu’une question de calcul : attaquer, lutter contre la douleur, briser et achever le combat le plus rapidement possible. Malheureusement, il y avait une faille dans son plan :: il n’était pas la cause du gémissement. 

« Séparez-les ! Tenaient le mutant en joug ! »

En tout six policiers étaient arrivés sur les lieux pour « stopper un passage à tabac et éventuellement tenter de comprendre à quoi correspondait le halo lumineux. ». L’un d’entre eux avait tiré dans l’épaule de Charles Foster pour le calmer et deux autres l’avaient attrapé pour le retenir. Comprenant que la situation était beaucoup plus compliquée qu’elle ne devait l’être avec la régénération de l’autre type, les quatre autres l’avaient encerclé. Alors que le concept même de mutant n’était qu’une légende urbaine inventée par des adeptes de Charles Darwin, ils étaient tous persuadés d’en tenir un.

« Trouvé, Charlie. »

Foster n’y croyait pas. Cette voix, c’était celle de Hine. Il était suffisamment fou pour l’avoir suivi jusqu’ici ? Pourquoi ?

« Vous n’auriez pas dû venir, Docteur.
- Bien sûr que si, Charlie, sinon qui allait se porter garant d’un étranger , sortant d’un bar pour aller frapper un homme jusqu’au sang ?
- Pourquoi…feriez-vous ça ?
- Car je connais ta victime, petit. »
Chapitre III
Alors que le corps de la victime de Foster se recomposait lentement à travers des extensions tentaculaires, les mains de Hine et toute son âme tremblaient. Le spectacle auquel il était en train d’assister n’était tout simplement pas envisageable. Rempli d’une rage mélangée à l’effroi, il voulait saisir une arme mais il n’en avait pas la capacité. Il était tétanisé, paralysé, son esprit réfugié dans une intense réflexion était piégé dans un corps immobile. Le Docteur se remémorait des souvenirs d’avant-guerre, tandis qu’il faisait face à son égal, son rival, son meilleur ennemi. Il balbutia quelques mots, incompréhensibles, balayés par la vanité de l’autre qui allait réveiller sa répartie.

« Un commentaire à faire, Matthew ?
- Je constate que ton entrainement aux Amériques n’a pas été très bon pour ton organisme, Smith. »

Le  rire de l’home résonnait partout dans Londres. Les souvenirs qu’il partageait avec Hine ne lui faisaient plus aucun effet, plus rien d’ailleurs ne pouvait lui faire ressentir des émotions, si ce n’était l’accomplissement de sa vengeance. Pas une vengeance contre ce pathétique humain mais une vengeance qui dépassait la race humaine, et l’Empire-Uni lui-même. Ses mains devenaient des lames visqueuses se plantant dans le sol, son regard de vidait, il devenait un monstre, le miroir d’une folie qui l’habitait depuis sa naissance. 

Les policiers tentèrent une action désespérée, vidant leur chargeur. Sans effet. 

« Pour toi, Matt, c’est Lord Smith.
- Docteur ! » 

C’est en hurlant que Charles Foster se jeta sur le l’homme au manteau vert, le plaquant au sol, espérant s’être jeté suffisamment loin de son ancien ami pour esquiver ce qui allait suivre. Car lui savait. Il était en connexion indirecte avec Smith et ceux qui allaient arrivés. Et dans un élan de courage et un profond manque de réflexion il avait mis en péril la réussite de sa mission pour sauver un unique humain. Son patron n’allait pas être fier de lui quand il reviendrait…s’il revenait. 

« Je dois y voir quelque chose de personnel, Charlie ?
- Par pitié Docteur, taisez-vous. »

Hine s’exécuta, comprenant la gravité de la situation, comprenant que c’était un silence de mort qui allait régner. Et c’était l’ultime discours de Smith qui allait le déclencher :

« Stupides officiers trop zélés ! Vous auriez dû me laisser mourir aux mains d’un héros, mais vous avez choisi de me sauver….Vous y perdrez votre monde….Et vos vies ! »

Sur ces mots, la terre se mit à craqueler sous les hommes de loi qui encerclaient le monstrueux Lord. Ils étaient terrorisés et tentaient de fuir mais ils étaient retenues par une force étrange qui semblait utiliser la gravité à son avantage. Charles et le Docteur purent observer la scène, stupéfaits, essayant de retenir des cris mais poussant quand même de légers gémissements. 

Des tentacules noires et imposantes, reliées à Smith sortirent du sol et violentèrent les policiers : l’un d’entre eux fut transpercé, vidé de son sang en à peine quelques secondes, un autre finit tout simplement broyé après que la tentacule se soit enroulée autour de lui et ait appuyée suffisamment fort pour lui dissoudre les os. Les autres furent saisis par les monstrueuses parties et jetées contre des bâtiments dont il ne resterait bientôt plus que des débris. Aucun survivant, en comptant bien sûr ceux qui avaient encore la possibilité de respirer mais qui ne seraient bientôt plus que des cadavres, ensevelis sous les ruines.

Hine se releva difficilement, aidé par Foster qui l’incita à fuir. Mais il n’en fit rien. Il ne voulait pas partir, il voulait rester là pour pouvoir observer et comprendre ce qu’était réellement devenu Smith depuis la dernière fois qu’il l’avait vu, avant de partir en guerre, quand lui avait été envoyé au Nouveau Continent pour surveiller et former les troupes de l’Empire. Mais ce qui l’intriguait plus encore, c’était ce qu’étaient ces créatures qui proliféraient maintenant depuis la fente terrestre et le portail mais également quelles étaient leurs objectifs si elles en avaient. La construction d’une grande roue à cet endroit précis n’aurait sans doute pas été une bonne idée. 

« Alors c’est ça, La Guerre des Mondes ? »
Chapitre IV
« Une influence de Starcraft ? Non, Lovecraft, c’est ça ? J’ignore qui il est, je ne lis pas les contes pour enfant. Ce qui est en train d’arriver est l’exemple même de ce qu’écrit Herbert-Georges Wells. Ces créatures, c’est ce que sera l’humanité dans une cinquantaine d’années.
- Docteur, je pense qu’il n’est pas temps de débattre de littérature.
- C’est toi qui a commencé, Charlie. »

Les deux hommes couraient dans les rues de Londres. Hine ne pouvait se retenir de parler, capable d’aborder n’importe quel sujet tout en restant cohérent, pour oublier qu’il avait peur. Une dizaine de minutes s’étaient écoulées depuis la mort des policiers. Des restes humains jonchaient les trottoirs, du sang frais, noirci par des résidus de chair tapissait les murs des bâtiments. 

Les survivants fuyaient. C’était vraisemblablement le seul moyen de survivre à l’attaque de ces…choses, même si ce n’était qu’un sursis et que si personne ne tentait rien, la capitale ne serait bientôt plus qu’un amas de ruine couvert de cadavres. Matt avait cependant bien compris que rester en compagnie de Charles Foster lui assurait une certaine protection. Malgré son apparence chétive et fragile, cet homme était quelqu’un de fort, quelqu’un de brillant, presque surhumain. Il l’était d’ailleurs sûrement, car s’il n’était pas surhumain il ne prendrait pas le risque de se précipiter dans les plus sombres recoins de la plus grande et dangereuse ville de l’Empire-Uni, tout en faisant signe au Docteur de le suivre, certain que les voies qu’ils empruntaient les éloignaient des monstres. 

Mais trouver où se cacher n’allait pas tarder à devenir compliqué. Les êtres surnaturels couvraient une trop large surface et une partie d’entre eux prenait d’assaut le palais de Buckingham. Si le Roi survivait à cette folie l’Histoire se souviendrait de lui comme du premier monarque à avoir subi les changements du vingtième siècle. Il était dommage par ailleurs qu’aucun moyen de communication ne puisse retransmettre en direct les images et les sons de ce qui était en train de se passer. Le monde ne saurait que demain que Londres était tombée, que Londres était prise par ces…

« Liktalzzz. fit Foster, essoufflé.
- Comment Charlie ?
- Ces créatures. Ce sont des Liktalzzz. La pire chose qui puisse exister dans l’ensemble du Multivers, après mon patron. Ca dépasse cette ville, ça dépasse cet Empire, ça dépasse ce monde. Il faut les arrêter maintenant Docteur. 
- T’en n’as pas les moyens ? »

Charles était assis, le dos contre un mur dans une minuscule ruelle de Londres, tentant de reprendre son souffre. Bien qu’il ait conservé l’avantage tout au long de son combat contre Smith, ce dernier suivit d’une course pour sauver sa vie et celle de l’humain l’avaient épuisé. Il ignorait combien de temps il pourrait encore tenir. 

Le mur derrière lui se fissura avant de se briser complètement pour laisser apparaitre un Liktalzz. En une fraction de seconde son bras était devenue une lame qui lui servit couper en deux son assaillant. Matthew applaudit machinalement, fasciné par cette scène. 

« Je peux les tuer un par un. Mais nous n’en avons pas le temps. Il nous faudrait une arme de destruction massive. »

Le Docteur se prit la tête entre ses mains, perplexe. Si même Foster ne pouvait les arrêter alors qui le ferait ? Il avait peut-être quelque chose qui pourrait…Non, non, c’était impensable. Plus jamais il ne devait s’en servir, c’était une promesse qu’il s’était faite, trop de vies avaient été prise à cause de ça. Il devait trouver une solution rapidement avant que son compagnon ne lui meurt dans les bras. Peut-être pouvait-il rompre sa promesse ? Il n’en avait pas le droit, pour l’Empire il était devenu un monstre traité en héros et il se devait de renoncer à ce type de vie. Mais cette situation ne concernait pas l’Empire, elle concernait une entité beaucoup plus grande et beaucoup plus puissante que l’Empire seul. S’il ne survivait pas à cette nuit il ne pourrait jamais en apprendre plus sur cette entité. Il pouvait bien se salir les mains une dernière fois pour sauver sa propre vie et un milliard d’autres ainsi que sa curiosité intellectuelle. Le choix était maintenant fait. Le plan de secours concordant avec ce choix se mit en place rapidement. C’est décidé et rempli d’un espoir étrange qu’il tendit la main à Charles pour l’aider à se relever avant de lui ordonner d’une voix lourde :

« Amènes-moi en haut de Big Ben. » 
Chapitre V
Le Docteur Hine était debout en haut de la Tour de l’Horloge, surplombant Londres, la contemplant, elle et les horreurs qui la parcouraient, le sourire aux lèvres, malgré lui. Il ne pouvait pas faire abstraction de ce sentiment de puissance qui l’envahissait alors qu’il était au-dessus de tout, qu’il tenait le destin de tout un univers entre ses mains. C’était presque jouissif mais la pression était grande,  vivre ça trop souvent finirait par l’ennuyer.

Charles Foster courait, prenait dans ses bras les survivants et ordonnait à tous de se mettre à l’abri, leur expliquant qu’ils allaient être sauvés mais que le sauvetage s’avèrerait être aussi dangereux que les créatures elles-mêmes. Ce n’était pas son idée, ce n’était pas les ordres de son véritable patron mais ces détails n’avaient pour le moment plus aucune importance. Il ne savait pas si c’était sa nature humaine qui l’avait rendu comme ça ou si le Docteur et son altruisme refoulé y étaient pour quelque chose mais il voulait réellement sauver autant de vies que possible. 

La Tour était suffisamment avancée, le Cavalier pouvait maintenant attaquer pour prévenir de l’échec au Roi et mettre l’ennemi échec et mat en sacrifiant quelques pions au passage. Encore fallait-il cependant que ce Cavalier en ait le courage. 

Des images sombres et sanglantes qui hantaient encore ses nuits vinrent perturber Matthew alors qu’il sortait doucement une arme de la poche de son long pardessus vert. Il n’avait pas fait que sauver des vies en Afrique du Sud, il en avait pris énormément en testant des prototypes. Tel était le marché qu’il avait conclu avec l’Empire. Il avait aidé à remporter une guerre – à perpétrer un massacre – et il allait le refaire. Mais les choses étaient différentes, les dommages collatéraux sans être forcément plus importants allaient avoir une plus grande visibilité. Après ça, si ses compatriotes avaient un peu de sens moral, ils lui en voudraient à vie et le forceraient à s’exiler comme un héros dont on devrait taire le nom. Jamais plus il n’aurait à rendre de compte à l’Empire. S’il sauvait la capitale, il deviendrait paradoxalement un ennemi d’état, il serait enfin libre, libre comme il ne l’avait jamais été depuis sa naissance. Plus question de se demander quoi faire. 

Lentement, profitant une dernière fois de ses instants de suprématie, Matt pressa la détente de son pistolet à forme étrange, conçu pour remplacer à terme toutes les armes à distance, pour remporter toutes les guerres, s’il n’avait pas décidé que l’unique exemplaire qu’il ait fabriqué soit à lui en raison de sa violence et de son potentiel destructeur. Une seconde après qu’il ait appuyé, une balle pénétra un Liktalzzz situé à une dizaine de mètres de lui qui, comprenant qu’il était en danger, chercha à se rapprocher des siens. Il se mit à suffoquer, avant d’imploser, laissant sortir de son corps une énorme quantité de vapeur, le déchirant et emportant ses semblables et les bâtiments aux alentours. L’explosion fut massive. La vapeur se dissipa quelques minutes plus tard, ne laissant que des ruines, des cadavres de monstres et un Docteur tombant de la plus haute Tour de Londres suite au choc…

Dans sa chute, Hine continuait de sourire. Il savait qu’il avait sauvé le monde tout en prenant de l’argent à un pays qui l’avait toujours exploité. Il ne regrettait rien, même pas le fait de ne jamais avoir trouvé l’amour, ne l’ayant jamais vraiment cherché. Dans l’idéal il aurait voulu voir un peu plus de choses, observer les changements du vingtième siècle, y prendre part. Mais tant pis, ce serait au tour de quelqu’un d’autre, lui aurait juste le droit de venir hanter les mauvais scientifiques. Il espérait juste que sa création ne tomberait pas entre les mains du gouvernement quand on viendrait fouiller sa dépouille sans vie. 

Préparé à l’idée de la mort, sans la comprendre réellement, il fut surpris lorsqu’il vit cet homme au feutre et à la cravate, ayant pris beaucoup d’assurance depuis leur première rencontre, sauter pour le prendre dans ses bras et lui éviter de s’écraser lamentablement. 

« Me…Merci, Charlie.
- J’ai fait ça pour éviter de tâcher le sol, Docteur. 
- Tu as une meilleure répartie que je ne l’aurais cru.
- J’ai eu un bon entraineur. »

Ce qui surprit Hine encore plus que le Retour de Foster, c’était l’arrivée d’une foule menée par le Roi venue l’acclamer, lui, le sauveur de Londres. Soit il s’était trompé dans ses calculs, soit son arme n’avait tué aucun homme, soit il avait surestimé la morale des londoniens. La deuxième solution était la plus rassurante mais il pensait que la bonne était la troisième. Il ne pouvait pas rester ici, sous toute cette pression, il n’était pas prêt à être un héros.

« Charlie. Fuis. »

Quelques minutes plus tard, le Docteur faisait face à Charles dans son salon. Il avait préparé du café mais sentait qu’il serait le seul à en boire. 

« Et maintenant Docteur, qu’allez-vous faire ? 
- J’ai le choix. Soit je deviens un chevalier avec tout le prestige qui suit le poste et je remporte des batailles pour l’Empire tous les jours sauf les dimanches et les jours fériés, en me servant d’armes basée sur la vapeur qu’on m’aura forcé à concevoir pour toute l’armée…
- Soit ?
- Soit j’abandonne tout. Je pars en voyage en Europe, à la recherche de créatures semblables aux Liktalzzz, d’orphelins à secourir, de veuves à consoler. 
- Devenez chevalier. »

Le ton de Foster était autoritaire. Il s’était forcé à l’être, il n’avait pas le droit de laisser un humain faire son travail sans qu’il ne soit approuvé par Lui. Il se doutait cependant qu’imposer une contrainte au Docteur n’était pas le meilleur moyen de s’en faire un ami. 

« Tu te sers de moi pour assouvir tes desseins et quand je veux protéger l’univers tu me demandes de retourner à ma vie d’avant ? Tu te moques de moi ?
- Ce n’est pas moi qui le décide, Docteur. 
- Qui alors ?
- Lord Corlatius. Mon Patron. »

Un portail apparut derrière l’homme au feutre.

« Ce qui est arrivé à votre ami Smith, c’est Lord Corlatius qui en est la cause. Il pourrait vous infliger la même chose, voire pire si vous tentez de l’imiter. Pensez-y. Quand vous voudrez partir chasser des sorcières pour oublier vos propres démons  que ce nom résonne en vous comme une malédiction, une épée se balançant au-dessus de votre âme et pouvant s’abattre à tout moment : Lord Corlatius… Bonne année, Docteur. 
- Qu’il vienne ! Il ne me fait pas peur ! »

Avant même qu’il n’ait commencé sa phrase, Matthew Hine était seul dans son salon, le portail s’était refermé. Charles Foster avait soudainement baissé dans son estime mais sa rencontre avec lui et le combat contre les Liktalzzz avaient radicalement changé sa vie. Une confrontation avec Lord Corlatius était un maigre prix à payer pour pouvoir faire ce dont il avait envie. Et puis, Foster avait involontairement fait une remarque intéressante : Smith avait mystérieusement disparu avant le début des hostilités, il y avait de grandes chances qu’il soit toujours vivant…Autant dire que le Docteur Hine n’était pas prêt de retirer son chapeau melon. 

« Il parait que l’Europe est plus sympathique à visiter que l’Afrique du Sud. »