Affichage des articles dont le libellé est Atlantide. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Atlantide. Afficher tous les articles

mercredi 16 janvier 2019

Prose : Mémoires d'Atlas, chapitre 5



Chapitre V – La Peur de la Bataille

Ce jour fut le plus sombre de notre Histoire. Les légendes allaient évoquer une bataille épique, au cours de laquelle d’innombrables Héros auraient couru à leur perte et se seraient relevés malgré tout, pour mieux faire face au cataclysme. Unis. Debout. Résignés. Mais voilà la seule vérité, transcendant tous les mythes : cette journée était la dernière du Royaume des Océans.

Le temps semblait ne plus s’écouler depuis qu’une armure, d’un rouge étincelant, avait surgi de nulle part. Les yeux de son porteur étaient de la même couleur, en plus d’être extrêmement inquiétants. Sa seule présence suffisait à faire trembler toute la salle du trône. Peu d’habitants du cosmos avaient survécu pour en parler, mais tous connaissaient ce visage pâle et cette chevelure blanchâtre.

« Phobos.

- Ma chère sœur, il semblerait que j’arrive à point nommé. »

Le rictus de Deimos indiqua son amusement. Il devait y avoir une sorte de rivalité fraternelle entre celle-ci et son frère. Le Seigneur de la Guerre avait sûrement entretenu cette flamme en les élevant dans la compétition constante, murmurant à chacun qu’il pouvait être meilleur que l’autre. Et leur lien fraternel leur avait sans doute été transmis par la Maîtresse de l’Amour.

A peine avais-je pensé qu’affronter ces jumeaux ensemble serait un véritable cauchemar, que Phobos s’était mis en marche : son pas lourd, faisant s’évaporer la moindre goutte d’eau qu’il frôlait, était assurément la part la plus effrayante de lui. Mais je ne pouvais détacher mon regard de son visage serein, conquérant. Il était le seul soldat debout dans un territoire ennemi, pourtant il se savait victorieux.

Mes frères d’armes le tenaient en joue, prêts à attaquer, attendant qu’il porte le premier coup. Phobos stoppa sa marche devant le Titan que j’avais libéré. Alors qu’il contemplait la créature, celle-ci ne daigna pas bouger. En approchant sa main droite du monstre, le fils du Seigneur de la Guerre expira d’une voix étonnamment et compatissante :

« Titan. Ces imposteurs t’ont si longtemps retenu prisonnier. Et maintenant, ils t’obligent à te battre pour leur cause ? Tu mérites le repos. »

A peine Phobos avait-il touché le Titan que déjà, ce dernier commençait à fondre. Le fils de Mars ne prenait aucun plaisir à mener cette exécution et semblait même éprouvait une forme de compassion. S’il voyait la mort comme une délivrance – une récompense – je n’osais pas imaginer ce qu’il ferait à des soldats issus d’un Royaume ennemi.

Un cri me sortit de mes pensées. Celui d’un véritable Héros. Deimos avait profité de ma perte de concentration pour, dans un geste désespéré, réduire en cendres Arkantos. Des sanglots coulaient le long de mes joues. Je n’étais pas triste, mais fou de rage. Il était désormais trop tard pour que la fille du Seigneur de la Guerre quitte le Royaume des Océans ; j’allais en faire sa tombe.

Aussi, mes larmes devinrent soudainement des morceaux de glace tranchants. Je les avais projetés sur Deimos. Incapable de comprendre ce qui m’arrivait sur le moment, je finis, bien plus tard, par me faire la réflexion que la colère m’avait doté des mêmes capacités que mon père. Malheureusement, mes armes avaient fondu avant d’atteindre leur cible : Phobos protégeait sa sœur.

« J’ai beaucoup entendu parler de toi, Prince Sans Héritage. J’aurais aimé te voir intégrer les Légions de mon père. Ta souffrance aurait été si belle : participer au massacre de ton peuple allait faire de toi un monstre atroce, assoiffé de sang… »

Phobos s’était rapproché de moi. Le sol qui m’entourait avait disparu. J’étais désormais cerné par une épaisse fumée brune, figé devant la lueur de ses yeux rouges, incapable de surmonter ma Peur. Je n’en voulais pas à mes frères d’armes, qui, comme moi, étaient tétanisés. Je regrettais simplement de laisser le Royaume des Océans tomber sous la coupe de Mars.

« …mais tu as eu la noblesse de te battre pour ton Royaume, alors que tu avais déjà perdu. Ta mort sera honorable. »

Le toucher mortel de Phobos n’eut pas le temps de m’atteindre : la fumée avait disparu pour laisser place à des trombes d’eau plus puissantes que jamais. Au loin, je vis mon père, toujours prisonnier, mais quelque chose avait changé dans le bleu de ses yeux. La couleur était devenue plus intense. Son hurlement annonçait le Déluge qui allait suivre :

« ATLAS ! »


Je me tenais là, les poings serrés, repensant au combat, alors que le Seigneur de la Guerre était juste à côté de moi. Je retenais péniblement l’envie de détacher sa misérable tête, présomptueuse et casquée, du reste de son corps. Le regard pesant du Roi des Océans me poussait à garder mon calme. Après tout, nous faisions face à la Triade.

Le Souverain du Tonnerre, – mon oncle – sa Femme et la Saqe Seour du Seigneur de la Guerre résumaient une histoire dont je connaissais les moindres détails : mon père, dans un excès de colère, avait déclenché un raz-de-marais. Ce faisant, il avait englouti le Royaume, cité après cité, causant la mort d’une partie de ses sujets, mais aussi de quelques soldats de Mars. Et plus particulièrement Phobos.

Ils ignoraient qu’il avait agi pour me sauver. Était-ce par amour ou parce qu’il refusait de perdre un second fils dans le conflit qui l’opposait au Seigneur de la Guerre ? Je ne voulais pas connaître la réponse à cette question. Tout comme je ne pouvais pas supporter les réclamations d’un peuple de guerriers fourbe, sans qui rien de tout cela ne serait arrivé.



Heureusement, Poséidon avait réussi à se défendre, arguant qu’en fomentant une invasion de son Royaume, Mars avait violé toutes les règles du cosmos et que sa réussite aurait sûrement marqué le début d’une longue période d’expansion. C’était la raison pour laquelle ses soldats resteraient prisonniers sur Mars jusqu’à nouvel ordre. Deimos perdit d’ailleurs son poste au sein des Légions.

Mais Poséidon avait commis un génocide en noyant tous ses sujets ; on dénombrait quelques survivants, mais la plupart d’entre eux avait subi des transformations physiques abominables. Poséidon fut alors condamné à l’exil sur les Terres de Gaïa. Aussitôt m’avançai-je, armé d’une bulle d’eau que je venais de générer. Tous les regards se braquèrent dans ma direction.

« Moi, Atlas, déclare être coupable de la chute du Royaume des Océans. J’ai commis de nombreuses erreurs, d’abord en libérant les pires créatures que nos peuples aient un jour affrontées, puis en pensant pouvoir maîtriser mes dons. »

Pour appuyer mes propos je laissai éclater la bulle. J’ignorais si mon père allait me pardonner d’avoir menti à son frère, mais je ne pouvais pas laisser la Triade l’exiler. Le Royaume des Océans avait besoin d’être reconstruit. Et seul un véritable chef saurait comment fédérer un peuple. Poséidon en avait la capacité. Et ma place ne se trouvait plus à ses côtés.

« J’ai agi en légitime défense, mais je mérite mon châtiment. »

Ma conclusion semblait avoir convaincu la Triade. Je fus banni sur les Terres de Gaïa et la solitude n’allait pas être ma seule compagne : le peuple des montagnes, qui avait perdu sa meneuse, Clito, choisit de me suivre. Les Hybrides, nés du cataclysme provoqué par Poséidon seraient bientôt chassés par les survivants qui n’avaient pas évolué ; ils ne tarderaient donc pas à me rejoindre.

J’ignorais ce que l’avenir nous réservait. Mais je comptais faire prospérer ma nation. L’Atlantide. Le Premier Empire des Terres de Gaïa qui allait montrer la voie à tant d’autres. Cette journée marquait la fin du Royaume des Océans. Et ma Renaissance.

Hinetertainment 2018                                                                                 jeffrey@hinetertainment.com

mercredi 9 janvier 2019

Prose : Mémoires d'Atlas, chapitre 4



Chapitre IV – Les Bannis des Océans

Des corps en putréfaction jonchaient le sol, pour dissuader quiconque de venir s’en prendre à ceux qui avaient commis de telles atrocités. Le sang des malheureux gardes recouvrait aussi bien les murs que le plafond. Quelques gouttes s’étaient mélangées aux étendues d’eau, leur donnant une couleur rougeâtre. Le Palais de Saphir était devenu un Château de Rubis.

Les soldats de Mars, répartis en rangs de chaque côté de la pièce, m’avaient laissé entrer. Sans doute voulaient-ils que j’admire le spectacle morbide qui se déroulait dans la salle du trône. Que je voie mon père suspendu en hauteur, attaché et bâillonné. Que je contemple, impuissant, Arkantos vaincu, à genoux, aux pieds de celle qui siégeait désormais à la place de Poséidon : Deimos.

« Tu aimes la nouvelle déco, Prince Sans Héritage ?

Je ne fus pas déstabilisé par la provocation de Deimos. Mais le regard qu’Arkantos me lança, plein d’incompréhension et le coup de pied qu’il reçut, pour avoir tenté de me parler, manquèrent de me faire perdre mon sang-froid. La fille du Seigneur de la Guerre cherchait à régner en inspirant la Crainte. Je ne pouvais pas la laisser gagner. Je me devais de ne transparaître aucune émotion.

- Deimos, comme tu es venue négocier avec le Roi des Océans, je me présente à toi afin de discuter des termes de ta reddition.

Mon interlocutrice éclata de rire. Elle avait sûrement perçu que l’assurance dont je m’efforçais de faire preuve me mettait effroyablement mal à l’aise. Mais surtout, elle était persuadée d’avoir l’avantage. Les yeux écarquillés de mon père étaient rivés sur moi. J’ignorais s’il me prenait pour un fou ou s’il éprouvait une certaine fierté à mon égard. A dire vrai, je n’avais jamais su faire la différence.

- Pardon, mais j’ai cru mal entendre : tu veux que je me rende ? Espères-tu échanger ta vie contre celle de ton Royaume ? Tu crois vraiment avoir autant de valeur ?
- Ecoute-moi. Je vais tâcher d’être le plus clair possible : pars avec tes soldats, maintenant. Libère le Roi. Et nous nous contenterons de venir chercher les deux tiers du Domaine de ton père, comme convenu.
- Je comprends mieux pourquoi ton père a si peu de considération pour toi : tu n’es qu’un imbécile, Atlas ! Tu ne vois vraiment pas que tu as perdu ? Les accords ne tiennent plus ! J’ai annexé le Royaume des Océans ! 

Deimos ne riait plus. Elle était pleine de colère. Et, sans que je ne m’en rende compte, un sourire s’était dessiné sur mon visage. La glace qui décorait la salle du trône se brisa, pour laisser apparaître une armée ; la mienne. Des femmes et des hommes, venus des montagnes, tenaient désormais en joue, avec des armes rudimentaires, les soldats de Mars, attendant un ordre de leur chef, Clito.

- Le Royaume des Océans est bien plus vaste que tu ne l’imagines.

Moi-même je ne savais pas grand-chose du peuple des montagnes. Les récits du Royaume décrivaient une bande de sauvages, incapables de comprendre nos codes ou nos cultures. En réalité, ils n’avaient juste pas eu la chance de naître au bon endroit. Et Poséidon s’était épris de l’une de ces barbares. Toute sa vie, il avait expliqué avoir commis une erreur. Pourtant, elle se battait pour sauver sa vie.

- Si tu penses que de simples mortels vont m’effrayer, tu es plus stupide que je ne le pensais !

Des tremblements. Des gravats tombant du plafond. Un poing tourbillonnant vint s’écraser au centre de la salle du trône, faisant trembler les soldats de Mars. La créature difforme finit par pénétrer le Palais de Saphir. Elle était composée intégralement d’eau, de glace et de vapeur. Les corps prisonniers Par-Delà le Temps finissaient par se changer en êtres élémentaires ; tel était le sort des Titans.



Du sang qui gicle. Un crocodile venait de faire son entrée et de dévorer trois de nos ennemis. Ce n’était pas n’importe quel animal. C’était l’une des divinités pharaoniques venues du Soleil, avec qui le Souverain du Tonnerre avait longtemps été en guerre. Mon père en avait fait sa prisonnière. Et j’étais parvenu à la séduire en lui promettant qu’elle pourrait tuer quelques-uns de mes semblables.

Le crocodile et le Titan avaient balayé les rangs adverses. Le peuple des montagnes n’avait plus qu’à désarmer les soldats de Mars. Nous reprenions l’avantage. Et bientôt, à travers tout le cosmos, résonneraient les chansons dédiées au Prince Sans Héritage et à son armée de Bannis, qui avaient sauvé le Royaume des Océans. Mais je ne cherchais pas la gloire. Je me battais pour sauver mon père.

Victorieux, sans faire preuve d’excès de confiant, je m’avançais vers Deimos. Je savais qu’elle aurait pu me désintégrer d’un simple mouvement. Mais elle avait conscience que j’avais rassemblé autour de moi un véritable baroud d’honneur. Et que s’il m’arrivait quelque chose, chacun de ses membres se feraient un plaisir de l’attaquer. Je m’adressais donc à elle, après avoir aidé Arkantos à se relever.

- Tu refuses toujours de te rendre ? »

Deimos ne me lança pas de pic. Elle se contenta de sourire. Je ne compris pourquoi que lorsqu’un bruit sourd résonna dans toute la salle du trône. La bataille se stoppa. Les regards se tournèrent vers une épaisse fumée brune qui semblait s’être générée seule. Lentement, une silhouette s’en dégagea. Et elle n’incarnait rien d’autre que la Peur.



Hinetertainment 2018 jeffrey@hinetertainment.com

mercredi 2 janvier 2019

Prose : Mémoires d'Atlas, chapitre 3




Chapitre III – Les Montagnes

L’obscurité. Les ténèbres. La peur d’avoir atteint la Demeure des Morts et d’être accueilli par le sinistre Prince qui la régit ; mon oncle. Un bruit. De l’eau qui coule. Une lumière bleutée. Mes yeux s’ouvraient lentement. La douleur qui parcourait mon corps réfuta mon hypothèse, alors que je me relevais péniblement pour découvrir un paysage magnifique.

La lueur d’Ouranos ne m’avait jamais semblé aussi forte. Sans doute, parce que l’altitude à laquelle je me trouvais était des plus hautes. La roche me tenait compagnie de toute part. A première vue, je me trouvais dans les montagnes dont parlaient les légendes du Royaume de Poséidon : celles où aucun sujet n’avait le droit de s’aventurer.

Alors pourquoi cet endroit me semblait-il si familier ? J’avais la sensation terrible d’avoir déjà foulé ce sol et de reconnaître certaines marques d’érosion ; même si elles semblaient plus nombreuses que dans mes souvenirs. Comme pour me rassurer, j’avais choisi de fuir les tours que me jouait mon esprit et de suivre le bruit de l’eau.

Mais les principales images qui m’assaillaient étaient plus récentes : celles du sang de mes frères d’armes qui venait tacher le Palais de Saphir. Les soldats envoyés par Deimos avaient méthodiquement exécuté chaque membre de la garde royale. Aucun d’entre eux ne s’était montré cruel. Leurs gestes symbolisaient simplement une organisation militaire.

Deimos m’avait, à ma grande surprise, laissé en vie. Elle ne pouvait pas avoir fait preuve de clémence. C’était une épreuve de courage : elle voulait savoir si j’aurais l’intelligence de rejoindre ses légions ou si je ferais preuve d’assez de témérité pour m’y opposer. Elle n’allait pas être déçue : en hurlant, j’étais retourné dans la salle du trône pour égorger un de nos ennemis.

« Pars le plus loin possible ! »

Arkantos n’avait pas pour habitude de donner ce genre d’ordre. D’abord, parce qu’il pensait qu’aucun officier ne devait abandonner son poste, mais aussi car il était intimement persuadé que le Palais de Saphir était l’endroit le plus sûr du Royaume. Je ne sais, d’ailleurs, pas ce qu’il aurait pensé, s’il m’avait vu en train d’errer dans ce bois, perdu au milieu des montagnes.

Evidemment, sur le moment, j’avais choisi de désobéir à mon mentor. Même s’il semblait perdu, je ne pouvais pas laisser la peur venir à bout de moi. Je devais me battre, quitte à sacrifier ma vie. Pour lui. Pour le Royaume. Pour Poséidon. Et je me défendais bien, rendant les coups à mes adversaires, tentant de les piéger. Mais la venue de Deimos sur le champ de bataille changea la donne.

La fille du Seigneur de la Guerre était puissante : ses ongles écarlates généraient des faisceaux d’énergie, capables de réduire en cendres tout ce qui se trouvait sur leur chemin ; même ses propres troupes. Le chaos que Deimos répandait frôlait la poésie. En quelques instants à peine, elle avait fait régner la Mort dans le Palais de Saphir.

Je croyais alors pousser mon ultime soupir quand j’entendis le souffle d’un ouragan. Celui-ci ne percuta pas pour me blesser, mais bel et bien pour me sauver ; il avait été formé par mon père. C’était mon dernier souvenir de la bataille. J’ignorais si Arkantos, ou même Poséidon, avaient survécu au combat. Je m’étais contenté de me réveiller loin d’eux.

C’était l’ouragan qui m’avait propulsé sur ces terres. Mon père, en voulant me protéger, m’avait piégé dans ces fichues montagnes. Et par sa faute, au lieu de l’aider à se battre, je perdais du temps à chercher un misérable point d’eau… Mince. J’aurais aimé comprendre plus tôt la raison de ma présence en ces lieux. Et surtout, pourquoi j’avais l’impression que ce n’était pas ma première visite.


Lorsqu’enfin j’achevais mon périple pour arriver devant le ruisseau où s’abreuvait une femme aux cheveux turquoise et aux yeux vairons, tout me revint. Elle-même s’immobilisa pendant quelques secondes. Aucun de nous deux n’avait besoin de parler : nous nous étions mutuellement reconnus. Et malgré toutes ces années que nous aurions aimé rattraper, je dus mettre rapidement un terme à notre étreinte.

« Mère, le Roi des Océans a besoin de votre aide. »

Hinetertainment 2018 jeffrey@hinetertainment.com

mercredi 26 décembre 2018

Prose : Mémoires d'Atlas, chapitre 2




Chapitre II – Deimos
« Tu penses que la ponctualité peut causer une guerre ?

- La sagesse de notre Roi nous en préservera, Arkantos.
- Ce n’est pas tant la sagesse de ton père que sa patience, qui m’inquiète. »

Arkantos me sourit, comme à son habitude. Plus qu’un véritable héros dont le nom résonnait au-delà même des frontières du Royaume, il était, pour moi, un véritable mentor. Alors, servir à ses côtés au sein du Palais de Saphir, était un honneur ; le plus grand auquel j’avais le droit d’aspirer. Même si notre travail consistait, la plupart du temps à attendre.

C’est d’ailleurs exactement ce qu’était en train de faire Poséidon : juché sur son trône, la mâchoire posée sur le poing, il désespérait de voir arriver son interlocuteur. Celui dont il comptait obtenir des explications, à propos du crime le plus barbare que l’on puisse commettre. Mais celui-ci était en retard de plus d’une heure et un tiers. Et mon père s’impatientait.

Alors, quand enfin une lumière pourpre vint faire rougir l’enceinte bleu-azur, les yeux de mon père s’illuminèrent, jusqu’à ce qu’une forme – un corps divin – ne s’en dégage. La Crainte m’envahit à la vue de l’armure flamboyante qui avançait désormais sur le pont de glace, en direction du trône. Arkantos, lui, tremblait de Terreur devant sa peau orangée.

« Salut, mon grand-oncle préféré. avait lâché sarcastiquement la nouvelle arrivante.

- Deimos, comment oses-tu… ?!? s’offusqua mon géniteur.
- Désolée. Mon père devait régler des affaires plus urgentes.
- La moindre des choses aurait été d’envoyer ton frère.
- Vos lois archaïques m’interdisent de négocier avec vous ?
- Les traditions empêchent le chaos de nous submerger.
- Elles n’ont pourtant pas protégé Halirrhotios. »

C’était la provocation de trop. Poséidon s’était levé. Des trombes d’eau avaient jailli et des stalactites encerclaient Deimos Moi, je n’attendais qu’un ordre de mon Roi.

Le ricanement de Deimos résonna dans tout le Palais. Elle saisit une des armes de glace pour l’approcher lentement de son cœur, en lançant à mon père un regard de défi.

« Qu’attends-tu, Roi des Océans ? Tue-moi et attire-toi les foudres de la Triade !
- La Triade a choisi de ne pas intervenir, jeune insolente.
- Elle reste neutre car elle sait que mon père n’a fait que me protéger des intentions répugnantes de ton héritier. Je suis ici pour maintenir la paix. »

Dans un long soupir, Poséidon relâcha la pression : ses armes s’étaient baissées et il tentait de se calmer. En une fraction de seconde, il avait alors retrouvé toute sa majesté.

- Deimos, tu parles ici au nom de ton père, le Seigneur de la Guerre. En échange de la vie d’Halirrothios, je réclame deux tiers de son domaine. 
- C’est une bien mince compensation, mais tu l’obtiendras. »

Le sourire de Deimos ne s’était pas effacé. Elle tourna les talons, sans attendre une réponse de Poséidon. Ce dernier me fit signe de la raccompagner jusqu’à la sortie du Palais. M’exécutant, je restais prêt à intervenir, mais rien ne pouvait empêcher mon corps de trembler. Sa conscience parfaite de la politique du cosmos, aussi bien que son sens de la stratégie, démontraient qu’elle était la fille de celui que les Hommes de Gaïa appelleraient tantôt Arès ou Mars.

« Voilà à quoi tu en es réduit, Prince Sans Héritage ? »

Elle avait posé sa question sans la moindre once de dédain. J’aurai même pu croire à un semblant d’affection. Cela n’aurait rien eu d’étonnant : après tout, elle était aussi l’enfant de la Maîtresse de l’Amour. Il n’empêche que je préférai me méfier, ayant bien remarqué qu’elle avait davantage hérité des caractéristiques de son père que de ceux de sa mère. Le silence me préserverait de ses manipulations.

« Ton père t’autorise-t-il au moins à parler ? insista-t-elle
- Je… Il n’y a aucune honte à…
- Au sein des Légions du Seigneur de la Guerre, tu serais un véritable héros. Réfléchis-y. 

Deimos me fixa pendant de longues secondes, avant de tendre sa main. Sa proposition était alléchante. Intégrer l’armée de Mars me permettrait de voyager à travers le cosmos. Mais surtout, je serais libre de quitter un Royaume qui n’avait jamais voulu de moi, où même mon plus proche parent me considérait comme un être inférieur. Aussi, je n’avais aucune raison d’hésiter avant de répondre :

- Je préfère vivre au service de mon père que mourir pour la gloire du tien
- Très bien. Tu pourras donc transmettre à ton précieux Roi des Océans…

La fille de Mars s’éloigna d’un bond, avant de claquer des doigts. Une lumière pourpre m’aveugla aussitôt. J’eus alors beaucoup de peine à distinguer les formes orangées qui s’en étaient extirpées. Mais leurs armures et leurs muscles n’auraient trompé personne : pas besoin d’être une Moire pour deviner qu’il s’agissait de soldats.

- …les deux tiers du Domaine du Seigneur de la Guerre ! »


Hinetertainment 2018 jeffrey@hinetertainment.com

mardi 25 décembre 2018

Cadeau de Noël atlante : Barry Kuda, épisode 1

Alors, le barbu ventripotent est-il bien passé dans toutes les chaumières ? Il a oublié un cadeau ! C'est de notre part à tous chez Arcadia Graphic Studio, c'est le premier épisode de Barry Kuda !

Faut-il faire une présentation ? Il s'agit d'une sorte de cousin d'Aquaman et de Flash Gordon, vivant des aventures sous les eaux et combattant des créatures cauchemardesques. Les auteurs sont restés anonymes, mais vous devez la version française à Florian R. Guillon, aidé dans la tâche de restauration par Antonio Pastucci.

Mais ce n'est pas tout. La bonne nouvelle, c'est que l'intégralité de cette série a été traduite pour une sortie en album dans la collection Arcadia Golden Age. Notez bien que cet album sera une vraie exclusivité 100% Arcadia, car nous travaillons dessus depuis des mois, en restaurant les pages, traduisant les textes, et proposant des illustrations exclusives afin de faire l'édition la plus complète possible. Nous vous montrerons d'ici quelques jours la couverture, qui vaut bien le coup d’œil, et l'album sera proposé à la vente peu après, très probablement dans les tous premiers jours de 2019, car la fin de 2018 est très mouvementée.

Joyeuses fêtes encore une fois !

mercredi 19 décembre 2018

Prose : Mémoires d'Atlas, chapitre 1





Chapitre I – Jour 562 1001
Les vagues venaient mordre les rochers avec une violence inouïe au fur et à mesure que les coups de Trident retentissaient. Les flots se déchaînaient, causant la perte de tout ce qui se trouvait sur leur passage. L’eau se transformait peu à peu en un monstre immonde ; un puissant raz-de-marée, capable d’engloutir une planète, cité après cité.

Jamais je n’avais vu la mer dans un tel état. Elle qui m’avait toujours semblé si paisible et majestueuse, se présentait aujourd’hui à moi sous une forme nouvelle. Plus agressive. Hystérique. Proche de la démence. Et, pour la première fois depuis ma naissance, un frisson me parcourait alors que je l’observais ; j’étais absolument terrifié.

La cause de cette folie n’était autre que la main bleuâtre, couverte d’écailles, qui tenait le Trident. Celle d’un homme – un être divin – dont les yeux, d’un vert profond, laissaient s’échapper quelques larmes. Lui qui parvenait d’habitude à cacher ses émotions derrière une longue barbe blanche, lui conférant cet air si sage, ne pouvait littéralement plus à se contenir.

En le regardant manipuler les océans, au gré de sa colère, je ne pouvais m’empêcher de penser à la chance qui était la mienne. Effectivement, il était connu sous différents noms à travers de multiples contrées. Même les habitants du domaine de Gaïa finiraient par le baptiser tantôt Poséidon, puis Neptune, sans jamais véritablement se décider. Mais moi, j’avais l’honneur de l’appeler :

« Père. »

Le calme était soudainement revenu. Alors que la marée s’affaissait, Poséidon – pour le nommer ainsi – se tourna vers moi, le regard vide. En l’interpellant, j’avais sans doute sauvé nos terres d’une inondation totale, mais j’avais aussi ramené mon géniteur à la réalité. Et, comme incapable de surmonter cette dernière, il s’avança lentement vers moi, sans un mot, avant de s’écrouler.

« Atlas. »

Entendre mon nom serait sans doute le seul remerciement que je recevrai pour avoir empêché mon père de toucher le sol. Je le maintenais désormais debout et l’aidais à marcher, tant bien que mal. J’ignorais si son corps meurtri était devenu un poids lourd ou s’il usait du peu d’énergie dont il disposait encore pour nous ralentir. Après tout, il n’avait aucune envie d’aller là où nous nous rendions.

« Lâche-moi.

- Père, vous n’atteindrez pas la salle du trône en rampant.

Un grommellement. Le Roi des Océans contemplait son domaine au fur et à mesure que notre route se poursuivait. Les étendues bleutées, les Chutes de Naïade et la Rivière de Despina m’avaient moi-même toujours fasciné. Régner sur un pareil endroit, au sein duquel la seule préoccupation des sujets était de savoir si l’eau allait se montrer clémente, serait un horrible privilège.

-Il aurait dû se rendre à ce maudit conseil à ma place…
-S’il avait pu être présent, nous n’aurions pas eu à… »

Une trombe d’eau jaillit du sol, comme pour m’intimer de me taire. J’appliquais donc la loi du silence pendant le reste de notre voyage. Ce n’était pourtant pas les mots qui me manquaient. J’aurais aimé dire à mon père que cela m’affectait également, que j’étais prêt à le soutenir corps et âme. Mais rien ne pourrait consoler le chagrin de Poséidon.

A notre arrivée devant le Palais de Saphir, mu d’une dignité toute nouvelle, mon père se décida à marcher seul. Il ne pouvait pas être vu affaibli ; et encore moins soutenu par un être qui n’avait en lui aucune once de noblesse, comme il avait tendance à me le rappeler. C’est donc loin derrière lui que j’entrais dans la salle d’un trône dont je ne pourrais jamais hériter.

1  : les données numériques correspondent à la datation neptunienne.


Hinetertainment 2018                                                                                 jeffrey@hinetertainment.com

lundi 17 décembre 2018

Les héros de l'Atlantide de l'univers Arcadia

Dans deux jours, c'est la sortie d'Aquaman au cinéma. Mais parce que les comics français aussi ont leurs héros aquatiques, nous avons décidé de mettre en avant les nôtres !

Judo Squale par Gaëtan Degasperi







Judo Squale par Yannick Potier et Bruce Cherin
Voici donc Judo Squale, alias le "Prince sans nom", souverain légitime de l'Atlantide mais atteint d'une malédiction. Découvrez son histoire, une collaboration Maxime Saint Michel/Bruce Cherin dans Forgotten Generation (v1) #3 !

Orst par Florian R. Guillon

Orst et Orcan sont respectivement garde rapproché et régent de l'Atlantide. Si le deuxième fait partie de l'équipe des Justice Allies, le premier mène une vie qu'on pourrait presque qualifier de plus ordinaire, sauf que ce n'est pas tellement le cas, puisqu'il affronte des monstres marins !
Découvrez leur histoire dans Forgotten Generation (volume 2) #2, sur un scénario de Florian R. Guillon et Maxime Saint Michel, et les crayons de Bruce Cherin !

Mais sachez que nous n'en avons pas fini avec les mondes sous-marins ce mois-ci, puisque l'Atlantide sera à l'honneur dans une nouvelle spéciale, et le royaume de Merma dans une nouvelle ancienne BD dont vous pourrez découvrir le premier épisode en ligne, avant d'avoir l'intégralité dans un nouvel album de la collection Arcadia Golden Age !
Orst et Orcan par Bruce Cherin.